LA GRANDE REVOLTE DES CORSES
CONTRE GENES 1729-1769

CHRONOLOGIE RECUEILLIE PAR :
ANTOINE DOMINIQUE MONTI
ADECEC. 1979

 

Lorsque, en 1077, le pape Grégoire VII inféoda la Corse à la République de Pise, les Génois en conçurent du dépit. C'est que la prospère cité ligurienne avait besoin, au même titre que la cité toscane, de contrôler les îles de la Tyrrhénienne pour protéger ses navires, étendre son commerce et se procurer les céréales qu'elle ne produisait pas. Depuis, elle mit tout en œuvre auprès des papes, des cours étrangères, des seigneurs et communautés corses, pour se créer des droits sur l'île. Son action fut progressive, tenace. Elle s'assura la possession de l'île par des siècles de volonté :
· En 1133, Innocent II élève l'évêque de Gènes à la dignité archiépiscopale et lui donne comme suffragants les évêques de Mariana, Nebbiu et Accia.
· En 1195, les Génois s'installent définitivement à Bonifaziu.
· En 1278, Calvi se confédère avec Gênes. Sa fidélité sera constante.
· En 1284, par une victoire navale devant l'île de la Meloria, les Génois mettent fin au rôle maritime et politique des Pisans. Les uns après les autres, les seigneurs corses rendent foi et hommage à la République de Gênes mais, en 1297, Boniface VIII met un terme à cet assujettissement en accordant l'investiture de l'île au roi d'Aragon.
· En 1347, ayant obtenu le consentement des seigneurs et des populations, les Génois décident l'occupation entière de l'île. De fait, sinon de droit, la Corse est désormais génoise.
· En 1359, le territoire compris entre Brandu et Aleria, Corti et la mer, qui s'est libéré du joug féodal, s'allie à la commune de Gênes.
· En 1453, les Corses, à la quasi unanimité, demandent au gouvernement génois que l'île soit gérée par l'Office de Saint Georges, institution financière privée autorisée à encaisser le revenu public de la République moyennant une redevance. Pour la première fois l'administration de l'île est codifiée. L'Office ayant obtenu l'assentiment du pape, la domination génoise se présente dès lors comme fondée en droit.
· En 1460, devant la Cortès catalane, Jean d'Aragon jure l'union perpétuelle de la Sicile et de la Sardaigne à la couronne. Il n'est plus question de la Corse. C'est la reconnaissance tacite de la souveraineté génoise, et la promesse, en 1461 et 1463, d'aider Giocante da Leca, en révolte contre Gênes, sera la dernière manifestation des droits que l'Aragon pouvait prétendre sur la Corse.

Après quatre siècles d'une gestion généralement mauvaise ; Gênes perdit la Corse. Les Corses mirent autant d'obstination à se défaire de la domination génoise que les Génois en avaient mis à acquérir l'île.
A la base de la révolte, il y a une incompatibilité d'humeur : un peuple continental de marchands avait asservi une nation insulaire de pasteurs à l'humeur belliqueuse et n'avait rien tenté pour adoucir les mœurs. Gênes, que les hommes n'intéressaient pas, maintint les insulaires dans une condition subalterne, leur refusant les charges et les honneurs publics. Quelques rares individus qui avaient accédé à la culture grâce à l'Eglise et aux universités de Toscane et de Rome comprirent que la République n'était pas capable de mission civilisatrice et se firent les porte-drapeau de la révolution.

Au cours du XVIIe siècle, les Corses n'avaient pas causé de grands soucis à leurs maîtres. L'agriculture ayant été développée, la protection contre les incursions barbaresques plus ou moins assurée, la paix avait régné dans l'île. A la fin du siècle et au début du XVIIIe la situation se détériora. Gênes aurait pu s'en inquiéter, d'autant plus que le bassin méditerranéen était un des points chauds de la politique internationale ; mais, ayant traversé sans dommages la guerre de la Succession d'Espagne pendant laquelle les Baléares, la Sicile et la Sardaigne avaient vu leur destin se modifier, la République continua à croire en sa bonne fortune, ou, peut-être, plus simplement, en sa fortune.

C'est surtout dans le domaine de la fiscalité et dans l'application de la justice que l'administration génoise s'était dégradée. Le droit de vendetta se substituant au droit légal, on enregistra chaque année des centaines d'homicides. Les fonctionnaires génois, instruits dans la vénalité, n'avaient aucun intérêt à remédier à cet état de choses : le fruit de la chicane et la vente des patentes de port d'armes remplissaient les caisses de l'Etat et leur escarcelle.

Après bien des démarches, les Corses obtinrent, en 1715, l'interdiction des armes. Celles-ci furent déposées. Elles devaient être remboursées à leur juste valeur. Le sénat de Gênes accepta de prendre cette mesure moyennant une imposition supplémentaire de deux seini (13 sous, 4 deniers) par feu, ce qui correspondait à une patente de port d'armes. L'immoralité d'un tel échange acheva - s'il en était besoin - de discréditer les Génois.

D'ailleurs rien ne changea. Par faveur, ou au prix fort, certaines personnes obtinrent l'autorisation de s'armer ; les autres se procurèrent des armes clandestinement, un trafic, provenant généralement de Gênes, s'étant établi dans les ports du Capicorsu.

Dès 1725, l'année de la naissance de Pasquale Paoli, on constatait une psychose de révolte dans quelques pieve de l'En-Deçà des monts. Le gouverneur élu en 1726, Alessandro Saluzzo, sut calmer les esprits. Son successeur, Felice Pinelli (élu le 1er avril 1728, débarqué à Bastia le 27 mai), les surexcitât par sa maladresse et sa rigueur.

Cette année-là, la récolte des céréales fut presque nulle (dans la plaine orientale on ne retira que le quart de la semence) ; celle de 1729 fut également déficitaire. La faim est une mauvaise conseillère mais une révolte armée ne peut s'organiser en période de disette ; aussi, lorsque en automne les Corses bénéficièrent d'une récolte de châtaignes exceptionnelle, la révolte éclata. Elle durera quarante ans.

 

1729

I. PREMIER SOULEVEMENT.

29 AVR. Sur la demande du noble Luigi Giafferi de Talasani, le Magistrato chargé des affaires de Corse auprès du Sénat de Gênes ordonne au gouverneur Felice Pinelli de convoquer les Nobles-Douze (conseil de 18 membres, 12, de l'En-deçà-des-Monts, 6 de l'Au-delà, élus par les délégués des pieve pour assister le gouverneur : un de ses membres, appelé oratore, résidait à Gênes : il présentait au Sénat les vœux de ses compatriotes).
20 MAI. Le Magistratu informe le gouverneur des doléances des pieve de Venacu, Boziu, (Sermanu), etc… contre les habitants de Nuceta, véritables bandits qui vivent de rapines. Il lui demande d'agir en conséquence.
20 MAI. Des hommes armés attaquent la tour de Mortella ( golfe de San Fiurenzu) et s'emparent de 8 fusils, de poudre et de balles.
30 MAI. Lettre de Pinelli au Magistrato : ne disposant pas de forces suffisantes pour soumettre la communauté de Nuceta, il conseille d'armer les protestataires pour qu'ils se fassent justice eux-mêmes.
( ? ) Mgr Camillo de'Mari, évêque d'Aleria, offre sa médiation aux habitants de Nuceta. Moyennant le départ des bannis et la remise des armes, il pense pouvoir obtenir l'absolution pour les autres habitants. Aucune suite ne sera donnée à cette proposition.
10 JUIN. Réunion des Nobles-Douze. Une requête en douze points est adressée au Magistrato. En plus des vœux habituels, le Conseil demande un plus grand ravitaillement en céréales et, surtout, l'abolition de la loi interdisant les armes à feu : les individus et les communautés avaient besoin de ces armes pour assurer leur sécurité mais c'était aussi une façon détournée de demander l'abolition de la taxe des deux seini.
13 AOUT. La récolte des céréales ayant été mauvaise, le Magistrato demande au gouverneur d'importer du blé de consommation courante et de semence.
19 AOUT. Pinelli demande à être dispensé de l'achat du blé, cela étant du ressort de l'Ufficio d'Abbondanza.
27 SEPT. Pinelli informe le Magistrato qu'il a distribué des armes aux partisans de Ghjuvanni Gavini de Loretu di Casinca à l'occasion du retour clandestin de Fabiu Vinciguerra, leur ennemi, banni à perpétuité.
30 SEPT. 150 soldats supplémentaires sont promis au gouverneur pour mettre fin à la guerre que se font, depuis deux ans, les communautés de Merusaglia et Castineta au sujet de pacages. Le Magistrato demande à Pinelli de se rendre personnellement dans le Rustinu (Merusaglia).
19 OCT. Pinelli informe le Magistrato qu'il n'est pas d'usage que le gouverneur se déplace pour de tels objets. D'ailleurs, les délégués des pieve convoqués à Bastia, ont promis de rétablir la paix.
9 et 11 NOV. Pinelli accuse réception de 912 mine de blé envoyé par le Magistrato : ce blé, de mauvaise qualité, ne peut être vendu 32 sous le bacinu, celui de qualité supérieure coûtant 26 sous, 8 deniers.
7 DEC. Le Magistrato écrit à Pinelli d'utiliser le blé pour l'armée (qui en consommait 150 mine par an).
27 DEC. Le lieutenant (représentant du pouvoir exécutif à la tête d'une province) de Corti se transporte dans le Boziu dont les habitants refusent de payer la taxe des deux seini, arguant que le contrat passé entre le Sénat de Gênes et les Corses avait été établi pour dix ans et n'avait pas été renouvelé (le Boziu agissait en accord avec le Rustinu qui avait désarmé les sbires venus pour imposer le versement de la taxe. Des troubles étaient également signalé dans le Niolu (Calacuccia) qui s'était opposé à la publication de décisions de justice).
28 D EC. Le lieutenant fait publier l'ordre d'avoir à acquitter les impôts le lendemain, dans leur totalité.
29 DEC. Les habitants de la pieve de Boziu refusent de donner les deux seini. Ils veulent bien régler les autres impôts mais le lieutenant ne les accepte pas car la République exige un seul versement.
( ? ). Un opuscule, attribué à Felice Pinelli, avec pour titre : Ragguagli dei tumulti succeduti in Corsica, est édité à Gênes.

 

1730

( ? ). Le gouverneur envoie des soldats, sous les ordres du capitaine Bartolomeo Pensa, dans les pieve en rébellion. Le Boziu et le Rustinu refusent de revenir sur leur décision.
8 JANV. Le lieutenant d'Aleria informe le gouverneur que les pieve de sa juridiction refusent le paiement des deux seini.
( ? ). Pinelli demande à Mgr de'Mari d'user de son influence pour apaiser les troubles naissants.
24 JANV. Le noble Dumenicu Carbuccia, collecteur des tailles, demande le bras de justice pour obtenir le paiement des impôts dans les pieve de Tavagna (Peru Casevechje) et Moriani (Santu Niculaiu).
25 JANV. Francesco Maria Balbi, doge de Gênes en remplacement de Luca Grimaldi.
27 JANV. Les soldats envoyés par le gouverneur arrivent à Poghju di Tavagna. Ils sont répartis chez l'habitant pour y passer la nuit. Pendant leur sommeil, ils sont désarmés et chassés.
1er FEVR. Réunion des Nobles-Douze. Le gouverneur leur demande de calmer les esprits et de faire confiance au Magistrato di Corsica pour régler au mieux la question de la taxe sur les armes. Les Nobles-Douze font remarquer que le Magistrato n'a pas encore donné de réponse à leur requête du 10 juin et qu'ainsi leur crédit auprès des populations se trouve diminué. Pendant la réunion, Pinelli est informé des événements de Tavagna. Il demande à Luigi Giafferi, de Tavagna, Gaffori, de Corti, Petru Pizzini, de Balagna, Francescu Maria Morati et au piuvanu Carlu Luigi Donati de se rendre sur place. De son côté, Mgr de'Mari envoie le chanoine Erasimu Orticoni, de Santa Riparata di Balagna, inciter les habitants à l'obéissance.
( ? ). Des habitants de Tavagna, et quelques autres, avec à leur tête Anghjulu Maria Orecchione, originaire de Vallecalle, parcourent les pieve du Capicorsu afin de s'emparer des dépôts d'armes établis pour la défense contre les Turcs. Le gouverneur fait regrouper ces armes dans la tour de Ruglianu.
4 FEVR. Pinelli envoie un express au lieutenant de Ruglianu pour le mettre en garde.
7 FEVR. Le lieutenant de Ruglianu informe le gouverneur que la tour est bien gardée, nuit et jour, par lui-même et douze hommes. Le même jour la tour est prise par les Corses qui s'emparent de 175 fusils et 72 livres de poudre.
11 et 16 FEVR. Echange de lettres entre Giafferi et Pinelli. Celui-ci ne prend aucun engagement. Il se borne à conseiller aux populations de présenter leurs réclamations aux assemblées génoises (Sénat et Collège des Procurateurs, chargés du pouvoir législatif).
12 FEVR. Pinelli demande au commissaire de Bonifaziu de lui envoyer 40 soldats en renfort.
16 FEVR. Pinelli écrit à Giafferi pour lui conseiller d'inciter les populations à présenter leurs demandes par écrit. Il donne le même conseil à Morati (qui a davantage sa confiance).
17 FEVR. Morati communique à Pinelli les demandes des pieve. Elles portent toujours sur les armes et la taxe des deux seini.
18 FEVR. Le gouverneur accuse réception des " prétentions " des Corses : les délégués des communautés devraient se présenter à lui pour en débattre et assurer le Prince de leur fidélité.
18 FEVR. Faisant droit à une demande du gouverneur, les assemblées génoises suspendent la perception des tailles jusqu'en juillet.
18 FEVR. Les Corse en armes s'avancent jusqu'au Rivincu décidés à investir Bastia. Les nobles Morati, Giafferi, Dr Vittini, Ghjiseppu Antone Casalta en informent le gouverneur. A la demande de Pinelli, Mgr Agostino Saluzzo, évêque de Mariana, accompagné du piuvanu Casalta et du capitaine Santo Fedeli, se porte à leurs devants. Le prélat revient avec une députation chargée d'exprimer, à nouveau, au gouverneur, des demandes qui se font péremptoires. Les Corse exigent la restitution de 10 à 12 000 armes confisquées, la réduction de la taille à 24 sous, suivant l'ancien usage, et la réduction du prix du sel à 8 sous le bacinu. Si leurs demandes ne sont pas satisfaites, ils sont décidés à assaillir Bastia. Pinelli fait valoir qu'il n'est pas en son pouvoir de modifier le montant des impositions et le prix du sel. Quant aux armes, elles ont été envoyées à Gênes, mais il accepterait de céder 300 fusils. Il demande aux populations de surseoir à toute action jusqu'au lendemain et profite de ce répit pour vérifier la défense de la citadelle et faire embarquer sa femme, sa fille, et les femmes des officiers.
19 FEVR. Mgr Saluzzo s'embarque pour Gênes afin d'exposer au Sénat les revendications des insulaires.
19 FEVR. Une délégation conduite par Giafferi, Morati et Vittini vient prendre la réponse du gouverneur. Pinelli confirme qu'il veut bien céder 300 fusils si les responsables lui garantissent la tranquillité du pays. Après avoir consigné Giafferi, Morati et Vittini dans la maison des Nobles-Douze, il envoie le piuvanu Casalta et les autres députés communiquer sa décision aux insurgés. - 4000 patriotes, dont un tiers armés de fusils, font mouvement vers la ville. Descendant des hauteurs de Monserratu et du couvent des Capucins, ils pénètrent dans Terravechja puis s'emparent du fortin de la citadelle et font le siège de Terranova. A midi, des fenêtres des maisons qui entourent la citadelle ils ouvrent le feu pendant que Pinelli fait donner du canon. - Dans la soirée, Mgr de'Mari, accouru de Cervioni, arrive à Bastia, s'installe au couvent Sant'Angulu et, avec le P. Isaià Grimaldi de Campulori, tente de persuader les Corses d'arrêter le combat.
20 FEVR. Mgr de'Mari pénètre dans le palais des gouverneurs et demande à Pinelli de consentir à un armistice. La citadelle commençant à faiblir et à manquer de poudre, Pinelli accepte facilement et promet même quelques armes aux insurgés. Au milieu du jour les Corses lèvent le siège.
21 FEVR. Pinelli apprend que Feringule, Patrimoniu, San Fiurenziu et Algaiola sont assiégés et que Corti et Ruglianu sont tombés aux mains des Corses. Il écrit à Mgr Gaetano Aprosio, évêque du Nebbiu, pour lui demander d'intervenir auprès des assiégeants de San Fiurenzu auxquels il adresse également le P. Orsu Paulu Casabianca. En même temps il envoie en Balagna Petru Pizzini, un des Nobles-Douze, et le lieutenant Domenico Maria Mariani. Les députés obtiennent des Corses l'acceptation de l'armistice.
22 au 26 FEVR. Le gouverneur demande au Rd Casabianca, au Dr Li mperani, d'Orezza, au noble Ghjacintu Paoli, de Rustinu, à Ghjuvan Felice de Ficaghja, de ramener à la paix les pieve d'Orezza (Pedicroce), Ampugnani (A Porta), Casacconi (Campile) et Rustinu.
26 FEVR. Pinelli est informé, par une lettre du 20, que les assemblées de Gênes ont décidé de lui envoyer 200 soldats et autorisé le commissaire de Bonifaziu à lui donner 40 hommes. (La garnison de Bastia ne compte que 237 hommes en armes). Sur les demandes réitérées du gouverneur, les assemblées génoises ont donc décidé de faire un effort de guerre. Pour faire face aux dépenses nouvelles, la République établit de nouveaux impôts dans ses états du continent ce qui provoquera des troubles à Finale, San Remo et Pieve.
26 et 27 FEVR. Quelques barques avec des troupes quittent Gênes pour la Corse.
28 FEVR. Les assemblées génoises nomment Girolamo Veneroso commissario generale e sopraintendente sopra tutto il Regno di Corsica.
28 FEVR. Campredon, ministre de France à Gênes, informe M. de Maurepas sur les troubles de Corse et sur la position inconfortable de la République à cause de la faiblesse de son gouvernement.
29 FEVR. Les assemblées autorisent le gouverneur à offrir le pardon aux pieve qui acceptent de se soumettre.
1er MARS. 40 Allemands, envoyés de Bonifaziu, arrivent à Bastia.
3 MARS. Pinelli demande 500 hommes à la République et non 200 comme prévu.
4 MARS. Pinelli apprend que les gens du Niolu ont occupé Vicu et se sont emparés de 200 fusils dans la maison du lieutenant.
8 MARS. 198 soldats et officiers, envoyé de Gênes, ainsi que des munitions, arrivent à Bastia. Une dépêche informe Pinelli que la République envoie en Corse un Commissaire extraordinaire.
( ? ). Les populations de la Cinarca (Sari d'Orcinu) encerclent Aiacciu mais se retirent rapidement. (Toute l'année des actions militaires sans coordination sont entreprises par les Corses : Algaiola est assiégée pendant quelques jours ; les populations d'Auddè et Zirubia cherchent querelle à Bonifaziu ; celles de Vicu dévastent les terres des Grecs de Paomia ; Aiacciu est harcelé par les habitants de l'Ornanu, (Santa Maria Sichè), du Tavalu (Zicavu), de la Rocca (Sartinesu), d'Istria (Ulmetu), du Celavu (Bucugnanu) et de la Cinarca. Les Génois ne peuvent se permettre la riposte par les armes, si ce n'est de brèves actions comme celles qui aboutissent aux incendies de Vicu et de Furiani.
( ? ). Pinelli notifie aux pieve qu'elles doivent faire leur soumission avant le 25 mars.
( ? ). Le gouverneur concède 100 fusils aux gens de Lota qui ont pris parti pour la République. Il arme de la même façon le Nebbiu, principalement Feringule et Patrimoniu sous la garantie des nobles Stefanini et Calvelli, puis Barbaghju, Santu Petru, Vallecalle et Nonza.
21 MARS. Les habitants de Petracurbara et Cagnanu attaquent les Corses de l'intérieur qui parcourent la région et font 27 tués.
( ? ). Orezza, la Balagne, le Nebbiu, le Capicorsu, Corti, Venacu, le Campulori (Cervioni), Verde, l'Alisgiani et une partie du Moriani font successivement leur soumission.
31 MARS. Lettre de Pinelli au gouvernement génois : seule la force pourra rétablir l'autorité de la République.
8 AVR. 200 soldats débarquent à Bastia.
9 AVR. Pâques.
10 AVR. Girolamo Veneroso, commissaire extraordinaire, quitte Gênes avec trois galères, 300 soldats et 20 000 lire destinées à suborner quelques chefs de la révolte. (Veneroso avait été gouverneur de la Corse et, dit-on, s'était fait aimer des populations).
12 AVR. Veneroso arrive dans le golfe de San Fiurenzu puis se rend par mer à Bastia où il publie aussitôt une amnistie générale. Il demande aux communautés de déléguer des procureurs pour présenter leurs revendications.
18 AVR. au 22 MAI. Pinelli visite Porti Vechju, Bonifaziu, Aiacciu, Calvi et San Fiurenzu. (Le gouverneur était tenu, la première année de son mandat, de faire la visite des provinces proches de Bastia et, la deuxième année, la visite des autres provinces. Les 15 mars et 24 avril 1729, Pinelli avait demandé à son gouvernement de mettre une galère à sa disposition pour faire le tour de l'île ; il lui fut répondu de différer cette tournée générale, les galères étant occupées à la course contre les Barbaresques).
30 AVR. Rapport de Veneroso aux assemblées génoises. Le commissaire expose loyalement les causes de la révolte : augmentation constante des impositions au gré des officiers et fonctionnaires génois successifs : confiscation des armes que l'on mettait aussitôt en circulation moyennant rétribution.
8 MAI. Le gouvernement de Gênes interdit au commissaire de traiter directement avec les rebelles : les Nobles-Douze sont seuls habilités à présenter les doléances des populations.
MAI. Beaucoup de communautés ont exposé leurs griefs et rédigé leurs revendications. Veneroso réunit les Nobles-Douze à Bastia. Après avoir assuré la République de la fidélité de leurs compatriotes, les Douze remettent au commissaire un mémoire détaillé de leurs revendications.
MAI. Les assemblées génoises autorisent Veneroso à donner satisfaction aux Corses sur certaines de leurs demandes, mais, au bas de chaque décret, doit figurer une mention qui autorise le commissaire à le modifier.
27 MAI. Décret de Veneroso convoquant les Nobles-Douze pour élire l'Orateur.
29 MAI. La femme de Pinelli (qui était revenue en Corse ?) rentre à Gênes.
31 MAI. Les sbires chargés de publier les décrets dans la pieve de Rogna (Pedicorti, Nuceta, Vivaviu) sont insultés.
5 JUIN. Décret de Veneroso sur le recouvrement des tailles. Faculté est donnée aux paroisses et pieve d'élire, en juillet, un percepteur chargé de ce recouvrement. Les tailles non payées seront exigées en décembre par un commissaire. Il sera accompagné d'un secrétaire et, au plus, de quatre sbires.
5 JUIN. Décret de Veneroso pour l'élection du Podestat chargé des jugements inférieurs à 12 lire.
11 JUIN. Pinelli, qui a terminé les deux années de son gouvernement, quitte Bastia pour Gênes avec l'assentiment du Sindacato (magistrature temporaire, composée de Génois et de Corses, chargée de juger l'administration des fonctionnaires, y compris le gouverneur), du Commissaire et du nouveau gouverneur Giovanni Francesco Gropallo arrivé quelques jours avant. En même temps que Gropallo est arrivé Camillo Doria en qualité de commissaire auquel la République a donné les pleins pouvoirs militaires. Le marquis Doria était jusqu'alors ministre de la République à Vienne où il avait entamé des pourparlers afin d'obtenir l'appui de Charles VI, empereur d'Allemagne, dans la guerre de Corse.
12 JUIN. Le Sénat de Gênes délibère au sujet d'un manifeste dont le titre est : Raggioni che vengono allegate da'popoli di Corsica per la loro sollevazione. Ce manifeste avait été publié par les Corses pour faire connaître aux cours européennes les raisons de leur soulèvement, après que Gênes eût demandé à ces mêmes cours de ne pas aider les rebelles.
12 JUILL. Clément XII pape (consacré le 16).
Nuit du 28 au 29 JUILL. Le président de la municipalité de Bastia avait promis à Pompiliani, de Poghju di Tavagna, un des principaux chefs militaires corses, de lui livrer la ville où il pourrait s'introduire avec 400 hommes. Pompiliani étant indisponible, son lieutenant Fabiu Filinghieri le remplace, tombe dans un piège et meurt supplicié.
Nuit du 30 JUILL. En représailles, Pompiliani fait escalader les murs de Bastia par 50 Corses qui mettent le feu à la maison du président et à quelques autres endroits.
1er AOÛT. Les gens de Vicu assiègent Paomia et sont repoussés. (En 1676, sept cents Maïnotes fuyant la domination turque avaient obtenu de la République de Gênes de s'établir à Paomia. Ils demeureront fidèles à leurs bienfaiteurs).
10 AOÛT. Veneroso prend 41 mesures importantes tendant à supprimer les excès qui s'étaient ajoutés aux règlements et statuts.
15 AOÛT. Nouveaux incidents entre ceux de Vicu et les Grecs.
AOÛT. Gênes s'affaire à recruter des soldats pour la Corse.
11 SEPT. Une proclamation datée de Monte d'Olmu et signée : I capi della Nazione Corsa, appelle les insulaires à la révolte, exprime le désir du gouvernement de la Corse par les Corses et annonce une prochaine consulte à San Pancraziu di Biguglia.
28 SEPT. Campredon reçoit des ordres de M. de Chauvelin de prévenir, si possible, que la Corse ne tombe dans les mains d'une grande puissance (Espagne, Angleterre).
6 OCT. Nouvelle proclamation des chefs corses ayant pour but de stimuler le patriotisme de leurs compatriotes engagés dans la révolte et de freiner la trahison. Des menaces sont proférées à l'encontre de ceux qui feraient confiance aux Génois.
( ? ). Réunion dite : delle 10 pievi, à San Pancraziu. Le gouverneur est informé que les Corses désirent rester fidèles à la République et se déclarent satisfaits des concessions de Veneroso mais en attendent d'autres, en particulier : la libération des prisonniers, la distribution du sel à l'ancien prix, la liberté de circulation et de commerce entre Bastia et la province, une justice honnête et la liberté du port d'armes.
OCT. La République demande à Veneroso de revenir.
NOV. Les assemblées génoises décident d'envoyer de nouvelles troupes en Corse et de ne délivrer le sel que par petites quantités : 5 livres par famille, soit un peu plus de 1620g.
28 NOV. Veneroso est de retour à Gênes. Mécontent de n'avoir pu agir à sa guise dans la mission qu'on lui a confiée, il se retirera sur une de ses terres, refusant, sous prétexte de ses infirmités, d'assister aux Conseils.
( ? ). Gropallo et Doria (qui a installé son Q.G. à Aiacciu) annoncent que la distribution normale de sel ne se fera qui si les Corses déposent les armes, rejoignent leurs maisons, se soumettent aux ordres qui leur seront donnés par l'intermédiaire des Nobles-Douze et dénoncent les chefs de la révolte.
DEC. Gropallo et Doria décident de renforcer la défense de Corti. Un détachement de 150 hommes, partis d'Aiacciu, est intercepté par les populations de Venacu, Rogna et Talcini (Corti, Omessa) ; les soldats sont désarmés et renvoyés à leur point de départ. Un petit détachement parti de Bastia réussit à s'introduire dans la citadelle qui sera assiégée par les habitants du Boziu, de Ghjuvellina (partie de l'ancien canton d'Omessa à gauche du Golu), du Talcini et de Venacu.
11 DEC. Le Sénat de Gênes étudie les moyens propres à soumettre les Corses.
16 DEC. Ultimatum à Domenico Doria, lieutenant de Corti.
17 DEC. D. Doria se rend et remet les armes aux Corses qui l'accompagnent jusqu'à Bastia.
( ? ). La révolte est générale. Des milliers de Corses en armes convergent vers San Pancraziu di Biguglia où une consulte a été convoquée.
22 DEC. Consulte sous la présidence du Rd Carlu Francescu Raffalli, d'Orezza. Luigi Giafferi, de Talasani, et Andria Ceccaldi, du Viscuvatu, sont élus généraux de la Nation. L'assemblée procède à l'organisation militaire du pays et décide de marcher sur Bastia pour demander au gouverneur, les armes à la main, l'acceptation de ses justes revendications.
23 DEC. Les Corses se dirigent vers Bastia en deux colonnes, l'une sur les hauteurs, l'autre dans la plaine. Camillo Doria rentre précipitamment à Bastia (par mer jusqu'à San Fiurenziu). Dans l'après-midi, après quatre heures de combat, la compagnie du capitaine Anghjulu Francescu Taddei (tué pendant l'engagement), de Tavagna, enlève le fort de Monserratu. La colonne inférieure investit Terravechja.
24 DEC. Gropallo et Doria demandent à Mgr de'Mari et au P. Isaià, puis aux deux Nobles-Douze de service auprès du gouverneur, à Ghjacintu Paoli et enfin à Mgr Saluzzo d'ouvrir des négociations avec les assiégeants.
25 DEC. Conclusion d'une trêve de 4 mois avec les conditions suivantes : libre circulation des Corses armés, excepté dans la Bastia ; distribution de sel ; libre accès des ports de l'île aux bateaux des Nationaux ou commerçant pour leur compte ; interdiction à la République d'accroître ses fortifications ; libération des prisonniers.

 

1731

JANV. Le Sénat de Gênes étudie divers projets pour un nouveau gouvernement de l'île de Corse. Ces projets sont généralement sans pitié pour les insulaires. Certains envisagent la dévastation des cultures et la destruction totale de certaines communautés (Nuceta, Ruspigliani). Cependant, aucune décision n'est prise sinon celle de charger une junte de 9 membres des affaires de Corse et d'envoyer deux commissaires pour juger la situation sur place. - Le marquis Gian Luca Pallavicini, ministre de Gênes à la cour impériale, poursuit des pourparlers pour obtenir des secours. - Les généraux de la Nation travaillent à l'unification du mouvement insurrectionnel. - Les Corses de l'extérieur applaudissent à la révolte.
23 JANV. C. Doria informe les Collèges que prêtres et moines prêchent la rébellion.
25 JANV. Giafferi et Ceccaldi ordonnent à la Balagna de s'unir au mouvement général et de participer à la prochaine consulte. Cette province acceptera la discipline nationale, à l'exception de la pieve d'Olmia (Calinzana) demeurée fidèle aux Génois.
31 JANV. Circulaire d'Andria Ceccaldi au clergé séculier et régulier pour demander que des offices soient célébrés pour le bonheur de la patrie.
1er FEVR. Même injonction à la pieve de Vicu qu'à la Balagna. Le 19, les habitants informent les Généraux qu'après la première révolte ils avaient accepté les propositions du commissaire Veneroso et en attendaient l'exécution.
4 FEVR. Ouverture de la consulte générale à Corti : gouvernement sous la direction des chefs militaires ; organisation définitive de l'armée de libération ; code de lois civiles et criminelles ; impôt de guerre de 20 sous par famille.
FEVR (avant le 13). Giambattista Grimaldi et Carlo Fornari sont nommés commissaires chargés de terminer la guerre de Corse dans les meilleures conditions possibles.
FEVR. Le gouverneur charge Mgr Saluzzo et Francescu Maria Gentile (des seigneurs de Brandu, Siscu et Petracurbara), major de la place de Bastia, d'entrer en pourparler avec les Corses. Les Généraux ont une entrevue, à San Pelegrinu, avec le premier (18 FEVR.), et une, au Campulori, avec le second. Ces consultations n'auront aucun résultat car les commissaires, conformément aux instructions reçues, acceptent d'ouvrir une conférence avec les représentants civils de la population (podestà et padri di u cumunu) mais refusent tout contact avec les chefs militaires. Un mémoire sur les causes de la révolte et un projet de gouvernement en 29 points seront néanmoins transmis aux commissaires.
Vers le 22 FEVR. Mgr Saluzzo arrive à Gênes.
28 FEVR. Les Généraux intiment au Capicorsu d'adhérer à la révolte. Les Capicursini s'inclinent et leurs bateaux rendront d'immenses services à la Nation.
Début MARS. Pier'Simone Ginestra, d'Oletta, chancelier de l'évêque de Sagone, est à Rome où il essaie de faire imprimer une relation des événements qui, depuis 1715, ont conduit à la révolte contre Gênes.Les agents de la République lui font refuser l'autorisation.
4 MARS et jours suivants. A l'instigation du chanoine Erasimu Orticoni et à la demande des Généraux, 20 des meilleurs théologiens de l'île se réunissent au couvent d'Orezza pour se prononcer sur la légitimité de la guerre contre Gênes. Ils concluent que tout doit être mis en œuvre pour aboutir à un règlement pacifique mais que les peuples ont le droit de résister à l'oppression les armes à la main.
12 MARS. Ghjanfrancescu Lusinchi, général pour le Delà-des-Monts, agissant en accord avec Giafferi et Ceccaldi, assiège Sartè avec 2000 hommes du Talavu.
13 MARS. Lusinchi demande à la municipalité de venir à composition. (La ville de Sartè, sous la responsabilité du lieutenant génois Giuseppe Maria Centurione, était resté fidèle à la République comme Bastia, Aiacciu, Bonifaziu, Calvi, Algaiola et San Fiurenzu).
15 MARS. Ultimatum à la ville de Sartè d'avoir à rendre les armes avant la tombée du jour.
18 MARS. Les secours qu'elle espérait d'Aiacciu et Bonifaziu n'étant pas arrivés, Sartè capitule.
19 MARS. Carlo Fornari et Gianbattista Grimaldi quittent Gênes pour la Corse. Ils sont chargés de chercher un accommodement avec les Corses mais il leur est défendu de recevoir des demandes de gens en armes et, encore moins, des Généraux, sauf s'ils se livrent à la république et implorent son pardon.
( ? ). Gênes demande de nouveau aux puissances maritimes d'interdire tout commerce avec les rebelles et informe la Cour de Rome de la participation du clergé corse à la révolte.
29 MARS. Les habitants du Nebbiu, sous les ordres de Poletti, d'Olmeta, mettent le siège devant San Fiurenzu. (Les Génois s'étant plaints de la violation de l'armistice, les Généraux enverront Antone Buttafoco, Marcu Taddei, Pichjolu, de Ficaghja, et Ghjuvan Vitu Battaglini, de Velone di Tavagna, prier les agresseurs de ne pas inquiéter la forteresse. Ceux-ci répondront qu'ils ne sont pas liés par la convention d'armistice, n'ayant pas pris part au premier soulèvement.
5 AVR. Les gens de la Balagne, mécontents des tentatives de corruption du lieutenant d'Algaiola, font le siège de la place. Les habitants se réfugient à Calvi et à Gênes sans attendre l'assaut. - La tour de l'Isula Rossa est prise par les Corses.
8 AVR. Une consulte au Viscuvatu confirme le projet de gouvernement en 29 points.
9 AVR. Lusinchi, de retour de Deçà-des-Monts où il a eu une conférence avec Giafferi et Ceccaldi, est à Zicavu. Il prend le titre de commissaire pour le Delà et convoque une consulte pour le 15 avril.
12 AVR. Giafferi et Ceccaldi envoient une ambassade à Paomia pour demander aux Grecs de se déclarer contre Gênes, de payer l'impôt de 20 sous, de former un régiment sous les ordres des Généraux et de faire un don de cent fusils. L'ambassade est composée de seize officiers du Niolu. Les Grecs se réunissent dans la maison du " regente " génois Giacomo Centurione en présence du P. T-.M- Giustiniani, prêtre des latins de Paomia. Le lendemain la réponse est négative. Le P. Giustiniani est envoyé à Bastia demander une protection et des navires pour évacuer femmes et enfants.
15 AVR. Consulte, à Zigliara, des pieve du Delà. On y procède à l'organisation du territoire. Fabianu Paganelli, piuvanu d'Apietu, prend la responsabilité de la Cinarca, du Celavu et du Cavru (Bastelica). La province de Vicu assiste à la consulte et se donne pour chef le chanoine Ilario (dit chanoine Guagnu) du chapitre de Vicu. Les seigneurs de la Rocca sont absents.
17 AVR. Poletti accorde une suspension d'armes de 8 jours au commandant de San Fiurenzu. Si aucun secours ne lui est parvenu d'ici là, il devra remettre le fort et la ville aux Nationaux et les assiégés pourront se retirer avec les honneurs de la guerre.
22 AVR. Grimaldi et Fornari informent les Collèges qu'ils ont engagé des pourparlers pour gagner du temps, conformément aux instructions reçues.
20 AVR. Le Petit Conseil décide de demander, à l'Empereur, l'aide d'un corps de troupes auxiliaires.
24 AVR. Lusinchi ordonne aux seigneurs de la Rocca, suspectés d'être de connivence avec les commissaires d'Aiacciu et Bonifaziu, de comparaître devant lui. Ils obéiront par crainte de représailles.
25 AVR. La République demande à Ghjambattista Sorba (d'Aiacciu), son ministre auprès de la Cour de France, d'informer le gouvernement français que les navires doivent aborder aux seuls ports de Bastia, Calvi, Bonifaziu et San Fiurenzu. Elle prie le roi de France d'interdire à ses sujets de porter des armes et des munitions de guerre aux rebelles. Elle active l'armement en course pour croiser le long des côtes de Corse.
25 AVR. M. de Campredon (ministre de France à Gênes depuis le 27 juillet 1727) informe M. de Maurepas qu'il a eu connaissance de tractations avec l'empereur d'Allemagne. Maurepas fera comprendre à Sorba qu'il est au courant.
25 AVR. Fornari et Grimaldi ayant demandé une révision du projet de convention pour un meilleur gouvernement de l'île proposé par les insurgés, Giafferi et Ceccaldi font savoir à Mgr Saluzzo et à Gentile qu'il ne leur est pas possible d'accepter une telle révision qui ne peut être décidée qu'en assemblée générale. Afin de convoquer une consulte à ce sujet, il conviendrait de prolonger l'armistice jusqu'à la fin juin.
27 AVR. Reddition de San Fiurenzu. Les Corses récupèrent 8 pièces de canon. (La tour de Mortella, avec 4 canons, avait été prise par Angulu Matteu Stefanini)
27 AVR. 2500 Corses sous les ordres de Francescu Battini, d'Evisa, attaquent la tour où se sont fortifié 127 Grecs de Paomia après avoir envoyé leurs familles à Aiacciu. Au bout d'une résistance de 3 jours, les Grecs se dégagent et rejoignent leurs familles. Dès leur arrivée, ils organisent trois compagnies au service de la République.
Début MAI. P.S. Ginestra est de retour en Corse. Il a réussi à faire imprimer son manuscrit à Livourne sous le pseudonyme d'Orazio Buttafoco. Son ouvrage : Ragguagli degli ultimi tumulti seguiti in Corsica, fait pendant aux Ragguagli de Pinelli publiés fin 1729.
8 MAI. Maurepas écrit à Campredon de manifester son mécontentement sur la préférence donnée à l'Empereur.
10 MAI. A Vienne, l'ambassadeur de Gênes est reçu par l'Empereur. Il lui présente une demande de secours.
10 MAI. Edit du comte Giuseppe Bartolomeo Richelmi, commandant le comté de Nice et la principauté d'Oneglia pour le compte de Charles-Emmanuel III, duc de Savoie, roi de Sardaigne, interdisant de vendre aux Corses ou d'introduire dans l'île des armes, munitions ou provisions de guerre.
12 au 15 MAI. Consulte au couvent du Boziu. Y participent les délégués des pieve et les notables, souvent accompagnés de leurs clients : en tout 4000 personnes. L'assemblée est déçue de ne pas avoir reçu de réponse au projet de gouvernement communiqué aux commissaires par l'intermédiaire de Mgr Saluzzo. Elle décide néanmoins d'utiliser les voies pacifiques pour arriver à une conciliation et, surtout, de demander la médiation du pape.
16 MAI. Lettre des Généraux à Gentile et à Mgr Saluzzo : ils se plaignent des manigances des commissaires pour semer la discorde entre les patriotes ; la consulte a confirmé la suspension des hostilités jusqu'à fin mai ; ils souhaitent la prolonger jusqu'à fin août et proposent d'envoyer deux députés à Bastia. (Le piuvanu Aitelli, de Rustinu, et le chanoine Ilario seront reçus par les commissaires. Aucune promesse ne leur sera faite quant aux demandes des Corses, les commissaires exigeant la soumission sans conditions des Généraux, et la prolongation de l'armistice sera refusée).
MAI. Luigi Giafferi fait un rapide voyage à Livourne et se procure de l'artillerie pour la défense de San Fiurenzu. Le blocus de Bastia est confié à P.S. Ginestra qui sera remplacé peu après par G. Paoli.
18 MAI. Erasimu Orticoni s'embarque à San Fiurenzu chargé par les Généraux de mission auprès de Clément XII.
18 MAI. Le Conseil des Procurateurs de Gênes examine les demandes des Corses et les jugent impertinentes.
20 MAI. Les Corses demandent à Mgr. Giustiniani, évêque de Sagone réfugié à Calvi, de revenir dans son diocèse. (La même demande a certainement été faite à Mgr de'Mari, évêque d'Aleria réfugié à Bastia).
28 MAI. Décret du gouvernement de Gênes interdisant aux navires, quelle que soit leur nationalité, de toucher les côtes de Corse en dehors des ports de Bastia, Aiacciu, Calvi et Bonifaziu.
28 MAI. Edit du marquis de Cortanze, vice-roi de Sardaigne, interdisant la vente des armes aux Corses et leur introduction dans l'île.
30 MAI. Ceccaldi informe le major Gentile que les Corses dénoncent la trêve puisque les conversations sont rompues.
Début JUIN. Après l'échec de la mission d'Aitelli et Ilario, les Généraux commandent la guerre totale contre les présides. La Rocca, le Talavu, Istria et l'Ornanu, sous les ordres de Lusinchi, marchent contre Bonifaziu ; le Cavru, le Celavu, la Cinarca et Vicu, conduits par le piuvanu Paganelli, encerclent Aiacciu ; la Balagne assiège Calvi ; le 3 juin, Giafferi et Ceccaldi, avec les habitants de la Terra di u Cumunu, bloquent Bastia et occupent les couvents San Francescu, Sant'Anghjulu et San Ghjiseppu.
JUIN. Erasimu Orticoni, chanoine pénitencier d'Aleria, délégué par la consulte du Boziu auprès de Clément XII, obtient le Bref : caritate tenemur… par lequel le pape implore la clémence de la République envers les Corses et propose sa médiation. A la cour de Rome s'agitent Giuseppe Spinola et Barnarbò, délégué de la République, ainsi que les cardinaux génois Imperiale et Spinola.
Fin JUIN ou début JUILL. Ippolito de'Mari, ambassadeur extraordinaire de la République, est à Milan auprès de l'Empereur qui a accepté d'accorder des secours. Il obtient que le colonel Vela, Génois au service de l'Empereur, soit détaché pour commander les troupes génoises.
4 JUILL. Edit de Georges II, roi d'Angleterre, interdisant à ses sujets d'aider les insurgés corses (cet édit est obtenu par le diplomate génois Giambattista Gastaldi après qu'un navire anglais ait débarqué dans l'île 54 quintaux de poudre).
6 JUILL. Giafferi, venu à Livourne, tente de passer des armes en Corse sur un bateau français. Il en résultera un incident diplomatique.
11 JUILL. Le Doge de Gênes répond au Bref du pape : que les Corses fassent d'abord leur soumission et il leur sera accordé quelques satisfactions. La réponse est transmise par le P. Gritta, jésuite, que la République avait chargé d'espionner Orticoni et de le discréditer auprès de la Cour de Rome et des ambassadeurs des grandes puissances (Orticoni était reçu avec intérêt par les ministres de France et d'Espagne).
15 JUILL. Consulte d'Ornanu : l'abbé Balisoni, d'Olmetu, curé de Canale, prêche la guerre sainte.
21 JUILL. Le cardinal Banchieri, secrétaire d'Etat à Rome, informe les Généraux que la République de Gênes accepte la médiation du pape et que le souverain pontife veut bien s'entremettre pour rétablir la paix aux conditions suivantes : - les Corses doivent lever le siège devant les présides et dissoudre leur armée ; - ils doivent cesser les manquements au respect dû à l'Eglise.
24 JUILL. Dans une lettre à la Sacrée Congrégation, Mgr Giustiniani accuse les Corses, et en particulier le clergé (le chanoine Guagnu est nommément désigné), de violer les immunités ecclésiastiques.

II. INTERVENTION DE L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE.

19 JUILL. Convention, signée à Milan, entre le comte Daun, pour Charles VI, empereur d'Allemagne, et Ippolito de'Mari, pour la République : l'Empereur fournit à la République un corps de 3600 hommes (pouvant être doublé en cas de besoin) pour la somme de 26 401 florins par mois, plus cent écus par homme disparu, tué ou déserteur.
JUILL. Une galère française, la " Sainte-Marthe " quitte Livourne pour la Corse avec le consentement du consul de France. Elle conduit 70 Corses, des armes et des munitions pour le service de la Nation. Arraisonnée par les galères génoises, elle est conduite à La Spezia.
26 JUILL. Après d'énergiques protestations du ministre de France, le Sénat décide de mettre à la disposition du roi la " Sainte-Marthe " et tout son contenu.
Début AOUT. Ghjuvan Lucca Poggi, du Moriani, remplace Ghjacintu Paoli à la tête des troupes qui bloquent Bastia. Celles-ci sont réduites à 300 hommes.
6 AOUT. Les troupes allemandes commandées par le baron de Wachtendonck s'embarquent à Gênes pour la Corse.
9 AOUT au soir. Les bateaux transportant les troupes allemandes paraissent devant Bastia. Wachtendonck débarque aussitôt et, avec lui, Camille Doria, nouveau commissaire général. Ils tiennent conférence avec le commissaire Grimaldi.
10 AOUT. Débarquement des troupes. Doria publie un édit du doge et des assemblées, daté du 4 AOUT, qui accorde le pardon général ( ! ) aux Corses à condition qu'ils rejoignent leurs foyers, qu'ils remettent les armes avant 15 jours et qu'ils restituent le fort de San Fiurenzu et la tour de Mortella. Sont exclus du pardon : 1. Andria Ceccaldi, Luigi Giafferi, Ghjanfrancescu Lusinchi, Carlu Francescu Alessandrini, de Canari, Pier'Simone Ginestra, Ghjuvan Tumasgiu Giuliani, de Muru, et Simone Fabiani, de Santa Riparata di Balagna ; il est offert une prime de 2000 écus d'argent pour le meurtre de l'un d'eux, ou 2500 pour sa capture. 2. Les communautés suivantes : Olmeta di Tuda et Oletta, Loretu et U Viscuvatu, Talasani, A Porta et Ficaghja, Carchetu et Pedicroce, Castinetu et Merusaglia, Nuceta, Ruspigliani et I Gatti di Vivariu, Bustanicu, Corscia et Calacuccia, Palasca et Spiluncatu, Muru, Santa Riparata di Balagna, Zicavu, Bastelica, Centuri et Mursiglia.
12 AOÛT. Le colonel Vela, à la tête de 800 hommes (Génois et habitants de Bastia et Lota), soutenu par les troupes allemandes, attaque le Q.G. des patriotes, à Cardu, et le fort de Recipellu. Les Corses décrochent rapidement ; il ont quelques tués et blessés ; parmi les prisonniers : le P. Bernardinu, de Casaconi, un des théologiens de la conférence d'Orezza.
13 AOÛT. A l'appel des Généraux, les Corses s'assemblent à San Pancraziu di Furiani.
14 AOÛT. Les troupes allemandes sortent de Bastia. Les Corses les attaquent imprudemment et sont dispersés. Furiani est incendié.
18 AOÛT. Louis XV interdit aux bateaux battant pavillon français de transporter des armes vers la Corse et de toucher les ports tenus par les Nationaux ; ces bateaux peuvent faire escale dans les ports tenus par la République mais le Roi défend aux Génois de les visiter (cette ordonnance fait suite à l'arraisonnement de la " Saint-Marthe " et à plusieurs outrages subis par le pavillon français).
22 AOÛT. Ghjannatale Natali, d'Olmeta, qui commandait San Fiurenziu, remet le fort aux troupes allemandes.
( ? ). Les Corses bloquent Aiacciu pendant onze jours.
( ? ). Soumission du Nebbiu et des Costere. Doria parcourt le Capicorsu et y sème la terreur.
2 SEPT. Consulte des chefs militaires du Delà, au couvent de Mezana, convoquée par F. Paganelli et P.S. Ginestra, envoyé de Giafferi et Ceccaldi.
6 SEPT. Un détachement de gens de Bastia et Lota au service de Gênes, commandé par les Morati, se fortifie au Borgu di Marana.
8 SEPT. Les troupes installées au Borgu sont délogées
12 SEPT. Francescu Maria Zicavo, sergent-major des troupes allemandes, prend contact, au Viscuvatu, avec Giafferi et Ceccaldi qui lui remettent une lettre pour Wachtendonck.
23 SEPT. Après 2 mois passés dans les prisons génoises, les Corses de la " Sainte-Marthe " sont de retour à Livourne. Ils écrivent au cardinal de Polignac pour remercier le gouvernement français et lui demander d'obliger la République à les dédommager.
24 SEPT. De nouvelles troupes allemandes commandées par le colonel de Vins, arrivent en Corse.
28 SEPT. En réponse à la lettre du 12, Wachtendonck fait savoir aux Généraux, par le major Zicavo, que les Corses doivent déposer les armes et se soumettre à la République; son rôle est de réduire les rebelles. Les Généraux écrivent de nouveau à Wachtendonck : les Corses sont désireux de respecter la bannière impériale, mais ils voudraient qu'on prenne en considération leurs justes revendications ; ils espèrent la médiation de l'Empereur. Ils écrivent dans ce sens une lettre pour Charles VI.
4 OCT. Giafferi arrive à Livourne. Il en repart le 8 après avoir pris contact avec le consul de France.
16 OCT. Wachtendonck demande aux Corses de faire leur soumission, de remettre les armes, de donner des otages et de se retirer dans leurs foyers. Ces conditions étant remplies, il assure, avec l'accord de la République, le pardon général, un bon gouvernement et l'oubli du passé. Dans le cas contraire, les Corses subiront toute la rigueur de S.M. Impériale.
18 OCT. Après en avoir avisé les Généraux, Wachtendonck sort de Bastia avec 4000 hommes et s'avance jusqu'au Rivincu.
18 OCT. Du Viscuvatu, les Généraux informent Wachtendonck qu'ils sont près à se soumettre à la république et qu'ils ont envoyé des députés auprès des communautés pour les persuader d'accepter la soumission. Ils demandent l'arrêt des opérations militaires pour que l'unanimité puisse se faire au sein des populations.
19 OCT. Les Allemands s'avancent jusqu'au Golu.
( ? ). F.M. Zivaco, auquel on a associé le sergent-major Imbert, continue à servir d'intermédiaire entre les Allemands et les Corses. Wachtendonck qui juge insuffisantes les forces mises à sa disposition - il aurait voulu 12 000 hommes. - tente d'obtenir la soumission des Corses par des voies pacifiques.
21 OCT. Camillo Doria et le marquis Francesco de'Mari se rendent aux raisons de Wachtendonck qui désire obtenir la soumission conformément à la lettre de 16 octobre, et donnent leurs signatures. Le lendemain, Doria en informe les assemblées génoises.
22 OCT. Mémoire de Giafferi, Raffaelli et Luigi Ciavaldini à Wachtendonck : les Corses sont prêts à déposer les armes si la République veut accepter des conventions nouvelles pour le gouvernement de la Corse, établies grâce à la médiation de l'Empereur et garanties par lui.
24 OCT. Les Allemands passent le Golu et s'avancent jusqu'à San Pelegrinu, harcelés par les Corses. Ils s'emparent de la tour sans coup férir.
25 OCT. Les Corses, en nombre, prennent position sur les hauteurs et menacent San Pelegrinu. Coupé de ses arrières, ne pouvant espérer un approvisionnement par mer à cause de la tempête, Wachtendonck envoie Ghjuvanni Straforelli, vicaire de Peru, proposer une entrevue aux Généraux.
26 OCT. Ghj. Paoli et Giafferi concluent l'accord suivant avec Wachtendonck : -a) les Corses abandonnent leurs positions le long du chemin qui va de San Pelegrinu à Bastia ; -b) les Allemands rentrent à Bastia en respectant les personnes et les propriétés ; ils conservent la tour de San Pelegrinu en vertu du droit de conquête ; -c) une trêve est établie entre les deux parties en attendant l'avis de l'Empereur à qui les Corses enverront deux députés.
28 OCT. Les Allemands prennent le chemin de Bastia.
28 OCT. Retour, de Vienne, d'un officier que Wachtendonck avait envoyé pour faire part des conférences qu'il avait avec les Corses : l'empereur offre à ces derniers de terminer, par sa médiation, leurs différents avec les Génois, à condition que les chefs et leurs familles quittent l'île sans espoir de retour. La réponse est contraire aux espérances des Corses.
30 OCT. Les assemblées génoises désapprouvent C. Doria. Elles estiment que le fait de signer un accord avec les Corses justifie leur rébellion ; seul un pardon peut être accordé par un gouvernement à des sujets en révolte. Elles conseillent à Doria de ne donner aucune publicité au contrat signé par lui.
NOV. Les pieve du Delà acceptent la trêve de San Pelegrinu.
2 DEC. Proclamation de Carlo Grillo Cattaneo, nouveau commissaire d'Aiacciu, qui vient de recevoir des instructions de Gênes : la Sérénissime République n'a jamais eu l'intention d'adhérer à la trêve ; elle entend poursuivre les hostilités contre les rebelles.
21 DEC. Wachtendonck sort de Bastia avec 2000 hommes pour se rendre en Balagna.

 

1732

JANV. Le colonel de Vins, avec 600 soldats d'élite, débarque à Calvi venant de Bastia.
6 au 8 JANV. Consulte à Caccia : on décide de chercher un arrangement avec la République, sous la garantie de l'Empereur. Une supplique, datée du 8, est adressée à ce dernier.
9 JANV. Ceccaldi communique à Gentile les décisions de la consulte et propose d'envoyer des députés à Bastia.
9 JANV. Ceccaldi et Giafferi adressent une nouvelle supplique à l'Empereur par l'intermédiaire du prince Eugène de Savoie, conseiller de Charles VI, désireux que la République applique, à l'égard de la Corse, une politique de douceur, comme il l'avait suggéré à Daun, gouverneur de Milan, l'année précédente.
14 JANV. De Vins tente d'occuper Calinzana et subit une lourde défaite.
17 JANV. Gentile informe Ceccaldi que sa proposition d'envoyer des députés est agréée. Il conseille aux Corses d'accepter le pardon qui leur est offert ;
29 JANV. Domenico Maria Spinola, doge de Gênes
1er FEVR. Du Viscuvatu, émouvant appel des Corses de Corse aux Corses de l'extérieur.
10 FEVR. Ceccaldi à Gentile : les Corses veulent un traité garanti par l'Empereur et non un simple pardon.
Mi-FEVR. A l'appel de Lusinchi et Lucca Ornano, Giafferi passe dans le Delà-des-Monts pour soumettre les communautés qui avaient pris parti pour la République, en particulier Olmetu et Sartè.
18 FEVR. Du couvent de l'Ornanu, Giafferi intime aux communautés d'Olmetu et de la Rocca de rejoindre la cause de la patrie avant le dimanche 24. Olmetu sera réduit par la force.
MARS. Accord entre Vienne et Gênes pour l'envoi de nouvelles troupes en Corse. Les forces allemandes dans l'île, en tout 11 000 hommes, seront placées sous le commandement du prince de Wurtemberg, assisté du prince de Kulmbach, général de bataille, et du comte de Schmettau, général d'artillerie.
2 MARS. Giafferi demande à la municipalité de Sartè de se rallier à la cause de la Nation. Refus
7 MARS. Gênes offre un pardon général et promet, pour l'avenir, de réprimer les abus. Le pardon doit être demandé avant un mois par les municipalités, faute de quoi les Corses sont menacés d'une " extermination totale ".
9 MARS. Blocus de Sartè.
12 MARS. Les Nationaux attaquent Sartè. Ils sont repoussés avec pertes.
22 MARS. La Cour de Vienne fait savoir à la République qu'il conviendrait d'écouter avec bienveillance les doléances des Corses et d'accorder la garantie de l'Empereur aux concessions qui leur seraient faites.
26 MARS. Le gouverneur de Milan insiste à son tour auprès de Gênes pour qu'il soit conclu un accord avec les Corses sous la garantie de l'Empereur.
26 MARS. Paolo Battista Rivarola est nommé commissaire général.
4 AVR. Début d'embarquement des nouvelles troupes allemandes.
7 AVR. Le prince de Wurtemberg arrive à Calvi.
13 AVR. Pâques.
15 AVR. Rédaction d'une Lettera di un Corso a un amico nazionale abitante in terra ferma. Cette lettre, attribuée au chanoine Ghjuliu Matteu Natali, d'Oletta, imprimée et distribuée sur le continent italien, est destinée à réfuter les contrevérités publiées par les Génois. La guerre de plume est engagée. Il lui sera répondu la même année par une Lettera attribuée à l'évêque de Sagone.
16 AVR. Edit du prince de Wurtemberg accordant cinq jours aux Corses pour rentrer dans l'obéissance de la République : " S.M. nous a ordonné de déclarer formellement qu'elle veut garantir aux populations du Royaume de Corse, non seulem+ent le pardon général que leur accorde la Sérénissime République, mais encore toutes les mesures de justice et d'équité - Sa Majesté le promet - que la République prendra pour l'avantage et le soulagement du Royaume et des populations de la Corse ". Cet édit est publié le 17 avril à Calvi, le 19 à San Fiurenzu, puis dans les pieve de l'intérieur, au fur et à mesure de l'avance des troupes allemandes, jusqu'au 1er mai. La seconde rédaction ne comporte plus la limite de temps.
23 AVR. N'ayant pas de réponse à l'édit du 16 avril, Wurtemberg ordonne la marche en avant des troupes de Calvi. Kulmbach occupe la Balagna où se trouvait Ceccaldi. Successivement, les troupes cantonnées dans les places maritimes s'avanceront vers l'intérieur. Schmettau quitte San Fiurenzu ; il occupe le Nebbiu où était Giafferi, puis les Costere jusqu'à Tenda, et Lentu. Le lieutenant-général Waldstein marche sur le Viscuvatu. Les troupes de la République partent de Bastia sur des embarcations et tentent, sans succès, un débarquement à la Padulella. L'occupation du territoire par les Impériaux se fait généralement sans résistance ; d'ailleurs, au moindre obstacle les maisons sont brûlées, les habitants massacrés, les cultures détruites. Toutes les communautés, les habitants doivent donner des otages.
1er MAI. Une délégation, envoyée par Giafferi et porteuse d'un mémoire, arrive auprès du prince de Wurtemberg.
2 MAI. Le colonel Vela, à la tête de troupes génoises, de hussards, de Grecs et d'Ajacciens, en tout mille hommes, occupe Apietu et incendie Calcatoghju. Les Corses accourent et l'obligent à se replier sur Campu di Loru.
2 MAI. Les généraux corses envoient des députés au général Schmettau, à Rustinu, pour demander une suspension d'armes et la liberté de venir traiter eux-mêmes sur parole du général. Ghjacintu Paoli, le piuvanu Aitelli, le P. Carlu Francescu Raffalli se présentent devant Schmettau qui les prie de ne plus s'éloigner.
3 MAI. Nouvel édit de Wurtemberg, daté de Caccia. Les communautés devront présenter leurs députés au fur et à mesure de l'avance des armées de l'Empereur. Les armes et des otages devront être remis au préalable.
5 MAI. L'édit de Wurtemberg est remis aux Généraux.
6 MAI. Le prince de Wurtemberg arrive à Corti.
6 MAI. Giafferi, Ceccaldi et d'autres chefs se présentent, sous escorte, au général Schemttau, lequel les envoie à Corti où se trouve Wurtemberg.
8 MAI. La République fait imprimer un manifeste destiné aux Corses du continent italien (en réponse à l'appel du 1er février) pour leur demander de ne pas participer à la rébellion.
9 MAI. Giafferi, Ceccaldi, Aitelli et Carlu Francescu Raffalli sont présentés à Wurtemberg. Consignés dans la maison municipale de Corti et placés sous bonne garde, ils sont désormais les prisonniers du prince.
10 MAI. Tous les responsables allemands et génois sont à Corti. Le prince de Wurtemberg ouvre une conférence qui dure jusqu'à 4h. du matin, et à laquelle assiste Mgr de'Mari, évêque d'Aleria. Il y est établi que les Corses doivent déposer les armes, se soumettre à la République et donner des otages qui seront retenus dans les présides. La République offre l'amnistie générale et promet un règlement faisant droit aux revendications des Corses. L'Empereur accorde sa garantie.
( ? ). Wurtemberg livre Giafferi, Ceccaldi, Aitelli, et Raffalli au commissaire Rivarola qui les envoie à Bastia ou ils sont jetés en prison.
( ? ). Marcu Auleriu Raffaelli, de la Penta di Casinca, grand-chancelier du gouvernement corse, et le P. Poletti, servite, qui avaient refusé de se soumettre et pris le maquis, s'embarquent à la plage de Verde pour Livourne. Les Génois se montrent fâchés de ce départ car, disent-ils, ils perdent ainsi la preuve des intrigues de la Cour d'Espagne au sujet des affaires de Corse. Ils justifieront par cette fuite l'arrestation des quatre chefs.
14 JUIN. Les quatre chefs sont embarqués pour Gênes.
18 JUIN ( ? ) Les deux Collèges sérénissimes et le Petit Conseil envisagent des mesures tendant à vider la Corse de sa population : coupe des châtaigniers des 8 pieve de la Castagniccia et des oliviers de la Balagna, interdiction de l'état ecclésiastique aux insulaires, massacre des notables, division du Royaume en 8 marquisats, confiés à des Génois chargés d'en renouveler la population. Ces mesures ne seront pas entérinées par le Sénat.
24 JUIN. Des troupes allemandes commencent à quitter l'île.
15 JUILL. Six des otages, en résidence surveillée à Bastia, parmi lesquels G. Paoli et S. Fabiani, conseillés par Ghjanferrandu Consalvi (celui-ci avait été piuvanu de Tavagna en récompense de sa désertion à la cause nationale après avoir participé aux premiers mouvements de révolte), Wachtendonck et le colonel comte Colmenero, tous dévoués à Gênes, rédigent un mémoire destiné aux assemblées génoises, ou, après avoir remercié la République pour le pardon accordé, ils exposent certaines demandes au nom de la Nation. Ils sont désavoués par les autres otages qui leur refusent le droit de parler au nom de la Nation, celle-ci devant s'exprimer par la voix des municipalités élues. Les six se rétractent. Un deuxième mémoire est rédigé et envoyé, cette fois, à Wurtemberg pour le faire parvenir à la Cour de Vienne. Ce second mémoire demande que soient publiées, par l'Empereur, les concessions accordées aux Corses.
16 JUILL. Wurtemberg part pour Gênes. Il sera reçu triomphalement. Wachtendonck reste à la tête des troupes allemandes.
16 JUILL. Les otages sont jetés en prison. Avec eux, Antone Marengo, de Bastia, consul du grand-duc de Toscane, accusé d'avoir rédigé le second mémoire.
22 JUILL. Emeute populaire à Aiacciu. Wachtendonck, qui dirigeait les travaux de fortification à Corti, se dirige immédiatement vers cette ville.
26 JUILL. Wachtendonck reçoit une lettre par laquelle on l'informe que si, dans un mois, les 4 chefs ne sont pas libérés, les Corses sauront venger leur patrie de la non-observance, par Gênes, de la parole donnée.
31 JUILL. Par l'intermédiaire de Daun, l'Empereur fait savoir à la République que les Corses doivent être interrogés sur leurs aspirations, qu'elle doit essayer de satisfaire ces aspirations et communiquer sa décision à S.M.I. avant de la rendre publique. L'Empereur demande la preuve de la culpabilité des quatre chefs et proteste contre le traitement infligé aux otages.
AOUT. Francescu Maria Gentile, devenu suspect, est rappelé à Gênes.
31 AOUT. Arrivée à Gênes d'un courrier envoyé par Gian Luca Pallavicini pour annoncer que l'Empereur exige l'élargissement des prisonniers avant tout arrangement avec les Corses.
23 SEPT. Le Doge et les assemblées génoises invitent les populations de Bastia, Capicorsu, Aleria et Corti à leur adresser des doléances. Au reçu de celles-ci la même demande sera faite aux autres provinces.
29 SEPT. Bastianu Costa, avocat à Gênes, quitte la ville définitivement. Sous prétexte de conduire un de ses fils à Rome, où il est étudiant, il veut s'arrêter à Livourne et à Florence pour y rencontrer le chanoine Orticoni et le ministre plénipotentiaire d'Espagne. Les Gentile résidant à Gênes, menacés d'arrestation, l'ont chargé de préparer leur fuite. Trois d'entre eux seront en effet arrêtés, dont Francescu Maria.
4 OCT. Rivarola publie l'édit du 23 sept. Les doléances doivent être rédigées et lui parvenir avant 10 jours (cinq pieve seulement répondront à cette invitation : Moriani, Tavagna Ampugnani, Talcini et Orezza).
7 OCT. Antone Marengo et les otages retenus à Bastia sont libérés.
Nuit du 10 au 11 OCT. Les quatre chefs corses sont transférés de la tour de Gênes à la forteresse de Savona. Ce transfert est un adoucissement de leur sort. (Cette mesure de clémence, et leur libération après une année de détention, seront attribuées à l'intervention d'Orticoni : - de la Cour de Vienne, évidemment, et surtout du prince Eugène et de François de Lorraine, futur gendre de l'Empereur ; - du Grand-Duc de Toscane et de l'archevêque de Florence, toujours grâce aux missions d'Orticoni ; - de la Cour de France ; - d'un personnage mystérieux, alors agent secret à Gênes d'une Cour étrangère (Vienne ? Paris ?), le baron Théodore de Neuhoff, futur roi de Corse.
31 OCT. Note de Charles VI à Gian Luca Pallavicini, envoyé extraordinaire de la République à Vienne : l'Empereur y exprime sa volonté de voir délivrer les chefs corses et promulguer une nouvelle constitution sous sa garantie.
10 NOV. Mémoire de la République, destiné à l'Empereur. Il traite : - de l'édit pour consulter les Corses ; - des otages ; - des quatre chefs emprisonnés ; - de la communication à S.M. des concessions que la République veut faire aux Corses. Ce mémoire insiste surtout sur le 3ème point : le transfert des prisonniers à Savona est présenté comme une grande faveur.
3 DEC. Francescu Maria Gentile, accusé de félonie, est transféré dans la tour de Gênes avec 4 autres officiers corses. Il sera libéré en 1739.
8 DEC. Mémoire en 18 points des Corses à Rivarola.
Vers NOËL. Orticoni est à Milan pour obtenir l'intervention du gouvernement autrichien pour l'élargissement des quatre chefs.
31 DEC. L'Empereur demande à nouveau l'élargissement des quatre chefs.

 

1733

JANV. Pour avoir bien servi les Génois, Consalvi, piuvanu de Tavagna, est nommé chapelain du gouvernement et Cacchione, piuvanu de Sartè, est nommé théologue du commissaire d'Aiacciu.
23 JANV. Gênes imprime les " concessions gracieuses " accordées à ses sujets de l'île de Corse. Elles comportent, entre autres articles, un pardon général, l'engagement de ne pas faire supporter aux Corses les dépenses de la dernière guerre, une remise d'impôts jusqu'à la fin de 1732. Pour mériter le pardon, les Corses devront se montrer " obéissants et fidèles ". Il ne reste plus qu'à attendre l'accord de l'Empereur.
28 JANV. Nouveaux arrêts et décrets de la Sér. Rép. de Gênes qui seront observés dans le royaume de Corse pour le maintien du bon ordre. Le principal mérite de ce règlement est de limiter, dans certains cas, la trop grande autorité qu'avaient, auparavant, le gouverneur et les fonctionnaires génois.
5 MARS. Giambattista Curli, de Savona, est nommé évêque du Nebbiu en remplacement de Mgr. Aprosio, décédé. Il prendra possession de son poste en avril. (Les " concessions gracieuses " stipulaient que dorénavant les évêques pouvaient être de nationalité corse).
15 MARS. Election des Nobles-Douze.
16 MARS. Décret de Charles VI qui confirme l'amnistie accordée par la République.
24 MARS. Orticoni est reçu à la Cour de Vienne.
4 AVR. Pâques.
8 AVR. Arrivée à Gênes d'un courrier de Vienne porteur des décisions de l'Empereur au sujet du règlement et des prisonniers.
22 AVR. On annonce aux quatre prisonniers qu'ils sont libres. Aitelli se rend à Gênes. Giafferi accepte le grade de capitaine-commandant à Savona, avec 1200 livres d'appointements, à condition qu'il ne retournera pas en Corse. Les deux autres restent provisoirement à Savona.
8 MAI. ( ? ) Les quatre chefs quittent le territoire de la République. Raffalli se rend à Rome où le pape le nomme auditeur au tribunal de Monte Citorio; Giafferi se réfugie à Venise chez son frère, lieutenant-colonel, avant de se rendre à Livourne ; Ceccaldi se fixe à Pise; Aitelli se retire à Livourne.
MAI. Le Dr Francescu Rivarola (physicien, fils de Dumenicu) et le capitaine Luigi Ciavaldini arrivent en Espagne demander des secours pour le compte des Nationaux.
30 MAI. Les navires qui doivent évacuer les Allemands quittent Gênes pour la Corse emportant des troupes de la République pour assurer la relève.
1er JUIN. En présence des Nobles-Douze et de la population bastiaise, Rivarola et Wachtendonck rendent publics les Concessions et le Règlement.
6 JUIN. Wachtendonck et les dernières troupes allemandes arrivent à Gênes.

III. DEUXIEME SOULEVEMENT.

JUILL. Les assemblées génoises nomment Paolo Geronimo Pallavicini commissaire général en remplacement de Rivarola. Pallavicini, réputé homme cruel, est choisi pour mener une politique sévère. Il reste connu pour avoir conçu le dessein de vider la Corse de ses habitants et de les remplacer par des sujets plus dociles.
( ? ). Gnaziu Arrighi, de Corti, qui avait servi le roi de Sardaigne et la République de Venise, débarque en Corse. Il est jeté en prison.
13 AOUT. Décret des commissaires Pallavicini et Cattaneo contre ceux qui quittent la Corse sans autorisation. Les barques et autres navires devront se regrouper dans les ports de Bastia, Calvi, Aiacciu, et Bonifaziu.
AOUT. Pallavicini convoque individuellement les notables des pieve pour leur donner des instructions au sujet du ramassage des armes, de la levée des impôts et de l'extinction des inimitiés. Certains, flairant un piège, se dérobent, en particulier ceux du Rustinu : Ghjacintu Paoli, Ghjuvan Ghjacumu Ambrosi, de Castineta, et Paulu Francescu Giovannoni, du Salgetu, dit Salicetu. (Simon Ghjuvanni, du Campulori, qui avait répondu à la convocation, avait été pendu malgré la parole donnée du lieutenant d'Aleria).
AOUT. Gênes se plaint, auprès des souverains d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre et de Savoie, de la bienveillance avec laquelle les réfugiés corses sont reçus en Toscane.
27 AOUT. Giafferi fait un rapide voyage en Corse et apporte des armes.
SEPT. Avant l'heure, Pallavicini exige le paiement des tailles ordinaires. Le Rustinu refuse.
15 NOV. Pippo, capitaine à Corti, quitte son cantonnement pour le Rustinu avec 50 soldats. De même, le cap. Gio : Maorizio Gagliardi quitte Bastia. Ils ont ordre de combiner leurs mouvements. Gagliardi s'arrête à la Venzulasca pour y passer la nuit.
16 NOV. Gagliardi va au couvent de la Casabianca. Pippo pénètre dans le Rustinu. Au Salgetu, il est désarmé.
17 NOV. Au soir. Gagliardi, qui s'est attardé à la Casabianca, apprend que Pippo a été désarmé. Peu après, Ghjacintu Paoli assiège le couvent.
18 NOV. Les Corses envahissent le couvent. Gagliardi se rend.
( ? ). Pallavicini ordonne aux troupes génoises stationnées à la Venzulasca et au Viscuvatu de se retirer à la tour de San Pelegrinu.
( ? ). Petru Casale, du Nebbiu, récemment inscrit sur le livre de la noblesse génoise, parent de P.F. Giovannoni, est député dans le Rustinu par le commissaire général pour parlementer avec les notables du lieu ; ceux-ci se montrent intraitables.
( ? ). Pallavicini propose aux pieve de Casinca, Tavagna, et Moriani de les armer contre les insurgés. Refus.
( ? ). Gnaziu Arrighi, qui vient de sortir de prison, et G.G. Ambrosi bloquent la citadelle de Corti pendant quelques jours.
( ? ). Les assemblées génoises, informées des troubles du Rustinu, publient un édit qui demande aux habitants de remettre les armes avant 15 jours et promet des sauf-conduits aux procureurs des communautés ou aux individus qui voudront exposer leurs doléances aux autorités.
( ? ). Battaglini et quelques autres arrivent en Corse avec des armes et des munitions. (Les Corses installés en Toscane, protégés par le grand-duc Giovan Gastone de'Medici, sont stimulés par l'engagement de la France et de l'Espagne dans la guerre de la Succession de Pologne. Les succès du maréchal de Berwick, sur le Rhin, et du maréchal de Villars, en Lombardie, sur les troupes de Charles VI, les rendent plus hardis).
22 DEC. Une grida des populations du Rustinu remet en vigueur les anciens Règlements de la Nation concernant l'union sacrée et la tranquillité publique.
24 DEC. Nouvelle grida interdisant tout commerce avec les pieve de l'intérieur et les présides.
26 DEC. Le Rustinu interdit aux habitants de Tavagna, qui, gagnés à la nouvelle révolte, pouvaient se livrer à des excès, de s'approprier les biens du Rd Consalvi.

 

1734

1er JANV. Le Rustinu convoque les élus des communautés et les notables à une consulte.
Début JANV. Des armes et des munitions, en grande quantité, sont débarquées entre la Padulella et San Pelegrinu. Elles sont distribuées aux pieve de Rustinu, Orezza, et Tavagna, les plus engagées dans la nouvelle révolte.
JANV. Le gouverneur d'Aiacciu fait assassiner Ghjanfrancescu Lusinchi.
11 et 12 JANV. Consulte au couvent d'Orezza. On décide de poursuivre la lutte contre Gênes. Ghjacintu Paoli, assisté d'Ambrosi et Giovannoni, est placé à la tête de la nation. Paoli est chargé de s'emparer de Corti ; Ambrosi doit soulever le Capicorsu ; Giovannoni doit occuper la rive droite du Golu afin d'interdire aux troupes génoises l'accès aux pieve en révolte.
31 JANV. Grida de Pallavicini menaçant de représailles quiconque n'aura pas déposé les armes dans les 24 heures.
3 FEVR. Stefano Durazzo, doge de Gênes.
12 FEVR. Le commissaire écrit aux assemblées son impuissance à rétablir la paix et demande à être relevé de ses fonctions.
13 MARS. Rapport de Mgr Saluzzo au pape sur l'état du diocèse de Mariana. Il dénonce un relâchement de discipline parmi le clergé et une régression de la piété populaire depuis la révolte de 1729.
MARS. Pourparlers de paix entre Ghj. Paoli et Pallavicini par l'intermédiaire du Rd Carlu Luigi Donati. Ils sont interrompus par la marche en avant des troupes génoises.
MARS. Mouvements concertés des troupes génoises pour débloquer Corti : - le major Marchelli est chargé de passer de San Pelegrinu en Casinca pour faire diversion ; Paoli l'attaque à la Venzulasca et l'oblige à se replier ; - une petite troupe chargée de rejoindre Corti, en passant par Aleria, est contrainte de se réfugier à San Pellegrinu ; - d'Aiacciu, Cattaneo envoie 200 hommes par Bucugnanu et Vivariu ; attaqués, ils font demi-tour par Bastelica ; - Ghjacumu Santu Petriconi, à la tête de 300 hommes (des Grecs pour la plupart), s'embarque à Aiacciu pour Sagone ; il doit se rendre à Corti par le Niolu ; dans la nuit du 29 au 30 mars, Castineta l'attaque à Camputile (Niolu) et l'oblige à se replier sur Vicu.
5 AVR. Le capitaine Cleter, commandant la citadelle de Corti, demande à capituler avec les honneurs de la guerre. Castineta lui accorde 8 jours.
12 AVR. Reddition de Corti.
22 ARV. Ghj. Paoli convoque une consulte à Sant'Antone di a Casabianca.
25 AVR. Pâques.
26 et 27 AVR. Consulte. Organisation civile et militaire de la Nation. Création d'un Magistrato Supremo del Regno qui contrôlera tous les pouvoirs. Ghj. Paoli reste général. Teseu Brocca est nommé chancelier.
AVR. Giafferi, Aitelli et Anghjulu Santu Contri, de Poghju di Moriani, débarquent au Campulori avec des armes et un ouvrier sachant travailler les canons des fusils.
( ? ). La Balagna divisée, les uns tenant pour la révolte, les autres pour les Génois, décide de s'ériger en province confédérée à la République.
12 MAI. Consulte à Corti. L. Giafferi est associé à Ghj. Paoli à la tête de la Nation. On décide d'offrir la Corse à Philippe V, roi d'Espagne (Orticoni est envoyé à Madrid à cet effet, mais le roi, qui prépare la conquête du royaume de Naples, refuse d'entamer des négociations à ce sujet). Bartulumeu Seta, dit Bartolò, de Bastelica, est autorisé à lever un régiment corse pour le compte du roi d'Espagne.
( ? ). Paoli, Castineta, Felice Cervoni, de Suveria, et son fils Ghjuvan Battista, dit Schizzettu, organisent une expédition en Balagna. Une partie de la province accepte de faire la guerre aux Génois.
( ? ). Arrighi pénètre dans la Campulori pour s'emparer de Mgr de'Mari qui, avec la complicité des Cottoni et de Don Filippu Grimaldi, de Poghju di Moriani, voulait conserver la pieve à la dévotion de la République. L'évêque réussit à s'enfuir vers Bonifaziu où il s'embarque pour Gênes.
20 JUILL. Avertissement, signé Paoli, Giafferi, Antone Vittini, Arrighi, Anghjulu Paulu Ottaviani et Anghjulu Luigi Luccioni d'Orezza, adressé aux religieux pour les mettre en garde contre l'intrusion du commissaire de la République dans les élections internes de l'Ordre.
Début SEPT. Ugo Fieschi et Pier Maria Giustiniani, sénateurs, nommés commissaires généraux, viennent en Corse remplacer Pallavicini. Ils s'annoncent comme messagers de paix.
6 SEPT. Convocation d'une consulte à Corti.
8 SEPT. Proclamation des commissaires invitant les élus des communautés, et tout individu, à se présenter à eux avant 20 jours, la liberté de retour leur étant assurée.
( ? ). Les généraux de la Nation interdisent, sous peine de mort, de se présenter devant les commissaires.
10 SEPT. Lucca Ornano, responsable du Delà-des-Monts après l'assassinat de Lusinchi, convoque une consulte au couvent d'Ornanu pour préparer l'assemblée de Corti.
13 et 14 SEPT. Consulte au couvent d'Ornanu. Le Delà adhère à la révolte.
19 au 21 SEPT. Consulte générale à Corti. On décide que l'on cherchera à connaître les intentions de la République. Aitelli est nommé auditeur général.
10 OCT. Nouvelle circulaire signée Paoli, Giafferi, Vittini et Carlu Felice Giuseppi concernant les libres élections à l'intérieur des ordres religieux.
( ? ). Mgr. Saluzzo s'entremet pour trouver un arrangement entre les commissaires génois et les généraux corses.
19 OCT. Les généraux Paoli et Giafferi donnent mandat au Dr Ghjuvan Petru Gaffori, de Corti, pour contacter les commissaires. Avant tout arrangement ils doivent exiger la liberté pour les Corses d'avoir un fusil par famille, la libération des prisonniers politiques et l'assurance de l'observation des traités. Sa mission est limitée au 23 oct. Les commissaires n'acceptent pas les préliminaires.
( ? ). Proclamation des commissaires à la suite de l'échec de la mission Gaffori ; - ils acceptent d'armer les fidèles sujets de la République qui veulent combattre les rebelles ; - le montant des impôts n'excèdera pas les dépenses faites en Corse par la République ; - il sera accordé un pardon général.
( ? ). La République informe Vienne, Turin, Londres et Paris que les Corses rebelles trouvent assistance en Toscane, ainsi qu'auprès des consuls et officiers de la Cour d'Espagne. (Ceccaldi est passé au service de l'Espagne avec le grade de colonel ; il a une correspondance suivie avec les insurgés). Elle demande à la France d'intervenir auprès de S.M. espagnole.
28 NOV. Edit des commissaires adressé aux populations pour les mettre en garde contre les illusions entretenues par leurs chefs au sujet de l'appui des Cours étrangères.
( ? ). Les commissaires offrent des patentes d'officier aux notables qui acceptent de rallier le camp de la République. Ils entretiennent des sicaires chargés d'assassiner les généraux corses.
DEC. Les généraux envoient 500 hommes dévaster les propriétés de Petru Casale qui s'active en faveur des Génois.
22 DEC. L'avocat Costa et Don Antone Giabiconi, capitaine au service de l'Espagne, quittent Livourne avec des armes.
30 DEC. Costa et Giabiconi, que la tempête a obligés à passer plusieurs jours à l'île d'Elbe, débarquent au Campulori. Costa prendra désormais une part prépondérante dans la révolte, mais ses actions, quoique empreintes d'un grand patriotisme, ne seront pas toujours approuvées. Dès le début de l'année la zizanie s'introduit entre les chefs de la Nation.
31 DEC. Costa rencontre Giafferi en Tavagna.

 

1735

IV. POURRISSEMENT DE LA REVOLTE.

1er JANV. Paoli rejoint Giafferi et Costa et passe 3 jours avec eux.
6 au 8 jANV. Consulte générale à Orezza. Proclamation d'indépendance. Costa rédige des statuts acceptés par l'assemblée : - Giafferi, Paoli et Ceccaldi primats du royaume ; - junte de 12 personnes qui aura l'autorité suprême en toutes matières et spécialement en matière politique ; etc …
JANV. Nouvelle expédition contre la Balagna qui n'a pas envoyé de députés à la consulte. Castineta, aidé par Simone Fabiani, Paulu Maria Paoli et Francescu Maria Vescovali, désarme la pieve d'Aregnu qui avait reçu 800 fusils du commissaire de Calvi.
JANV. Giafferi, Costa et Giabiconi ordonnent une marche à travers les pieve de Campulori, Moriani et Tavagna où on redoute des défections.
JANV. Petru Ortali, de l'Ornetu di Tavagna, est chargé de la défense du littoral et, surtout, de s'opposer aux sorties des Génois campés à San Pelegrinu.
JANV. Entrevue entre l'avocat Costa et Saveriu Matra dans la maison des Cottoni de Campulori. Matra se laisse convaincre de la nécessité de continuer la guerre.
JANV. La Cour de France est persuadée que l'Espagne a des visées sur la Corse mais ne suspecte pas Livourne et Naples d'intelligence avec les Corses. Elle fait une offre de troupes à la République de Gênes.
( ? ). Divergences de vues entre Paoli et Giafferi, Paoli et Costa, Costa et Aitelli. De nombreux Corses se laissent corrompre.
10 FEVR. Lettre de Campredon : " Les affaires de Corse sont à présent dans une grande crise… il semble que ce serait le temps d'en profiter ; si la chose convenait au service du Roi ".
8 MARS. Rapport de Campredon sur la Corse. Il insiste sur les intrigues espagnoles. " Il faudrait proposer à Gênes de céder la Corse à la France ".
28 MARS. Consulte générale au Viscuvatu. La journées se termine pas la détermination de poursuivre la guerre et la décision d'une réunion des principaux chefs au couvent de Sant'Antone di a Casabianca.
30 MARS. Consulte restreinte à la Casabianca. Les généraux Paoli et Giafferi sont confirmés dans leurs fonctions. Election d'un nouvel office da la guerre de 6 membres : Ghjuvan Ghjacumu Castineta, Gnaziu Arrighi, Simone Fabiani, Antone Buttafoco, Anghjulu Luigi Luccioni, Tumasgiu Santucci. Aitelli est confirmé dans ses fonctions d'Auditeur général. Costa est élu Conseiller d'Etat.
2 AVR. Le noble Petru Paulu Morati, du Borgu di Marana, qui vient de faire assassiner Orsuvechju, frère du P. Poletti, un des chefs de guerre de la Nation, se rend à Gênes. Il obtiendra, avec le grade de major, l'autorisation d'organiser 5 compagnies destinées à combattre les rebelles.
3 AVR. L'Office de la Guerre se réunit au couvent du Boziu. Ses membres prêtent serment sur le crucifix.
10 AVR. Pâques.
( ? ). Les Génois barrent la route aux Nationaux qui veulent investir le Capicorsu. Ils occupent Olmeta, Barbaghju, Ortale, et Lucciana, mais subissent une lourde défaite à Furiani.
( ? ). Création d'une junte de guerre. Les membres se partagent la surveillance des pieve : Castineta et Arrighi, le Moriani et le Campulori ; Fabiani et Tumasgiu Santucci (d'Alisgiani), la Tavagna ; Buttafoco, la Casinca ; Anghjulu Luccioni est chargé du littoral.
26 AVR. Dépêche de Germain-Louis de Chauvelin, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de France, à Campredon : il faut amener les Corses à se mettre sous la protection de la France et convaincre la République de nous vendre ses droits sur l'île.
Fin AVR, début MAI. Conférence des chefs corses au couvent du Viscuvatu. Sont présents : Paoli, Giafferi, Costa, Castineta, Ghjuvan Pasquinu Seravalle (du Petricaghju d'Alisgiani), le cap. Lisandru Vinciguerra (de Loretu di Casinca), Quilicu Casabianca (de la Casabianca), A.S.Contri et Ghj.P. Gaffori. Elles se poursuivra au couvent de Tavagna après que des assaillants aient été repoussés jusqu'à San Pelegrinu.
2 MAI. Gênes envoie de nouvelles troupes et un commissaire général pour le Delà-des-Monts. : Ottavio Grimaldi.
5 MAI. A Gênes, le fils de Campredon a une entrevue avec une dame qui s'engage à favoriser le développement d'un parti français dans l'île. S'agit-il de Bianca Colonna da Bozi, sœur d'Antone Francescu, épouse du cap. Francescu Saveriu Rossi, laquelle va bientôt paraître - et pour longtemps - sur la scène politique corse.
( ? ). Dérobade de Luccioni. A Verde, Campulori, Moriani et Tavagna, des notables font leur soumission à Gênes.
Vers le 24 MAI. La dame qui, le 5 mai, avait rencontré le fils de Campredon, quitte Gênes pour la Corse.
( ? ). Felice Pinelli revient en Corse comme commissaire général du Deçà. Avec lui Mgr de'Mari, l'évêque d'Aleria. L'abbé français Michel Robert, de la Rochelle, précepteur des enfants de Pinelli, correspondra régulièrement avec Campredon pour l'informer des affaires de Corse.
10 JUIN. Costa et Giabiconi passent dans le Delà gagné à la République par l'intelligente politique du commissaire Grimaldi.
MI-JUIN. Consulte dans la pieve d'Ampugnani. Les Nationaux envoient deux députés auprès du nouveau commissaire : Viterbi, curé de Silvarecciu, et Ghjuvan Felice de Ficaghja, pour tenter de reprendre les négociations commencées avec les sénateurs, puis interrompues. Pinelli rejette leurs avances et donne 8 jours aux Corses pour se reconnaître " sujets naturels " de la République.
Vers le 20 JUIN. Francescu Rivarola, lieutenant-colonel du régiment corse au service de l'Espagne et fils de Dumenicu, consul d'Espagne à Bastia, débarque à la plaine de Verde avec des fusils et des munitions de guerre.
Fin JUIN. Pinelli active les préparatifs de guerre. Des troupes réglées sont envoyées en Balagna et dans le Nebbiu. Des Corses se voient confier la formation de compagnies au service de la République : 4 en Balagna et 3 dans le Nebbiu. L'organisation de ces dernières est confiée à Ghjuvan Lorenzu Petriconi, Anghjulu Matteu Farinole et Ghjiseppu Maria Limarola.
3 JUILL. Malgré l'intervention de Rivarola, qui fait valoir la protection du roi d'Espagne, plusieurs pieve décident de se soumettre si l'on accorde une amnistie générale. Les procureurs du Viscuvatu, premiers arrivés à Bastia, sont mal reçus par le nouveau commissaire qui juge leurs prétentions trop grandes.
7 JUILL. Les procureurs du Casacconi sont reçus par Pinelli qui demande la modification de leurs procurations.
9 JUILL. 600 soldats commandés par le major Morati et le cap. Pierre Cleter quittent Bastia pour la Casinca. 200 hommes de San Pelegrinu doivent se joindre à eux et, de concert, mettre le feu aux céréales.
10 JUILL. La Casinca envoie des procureurs à Bastia. Leur mémoire, qui reprend les éternelles revendications des Corses, est jugé impertinent.
JUILL. Costa poursuit sa tournée de propagande. Arrivée de l'ingénieur militaire Dufour dont Costa s'assure les services.
19 JUILL. Poussé par Mgr de'Mari, qui désire rentrer dans son diocèse et faire de Cervioni un préside génois, Pinelli envoie un corps de mille hommes dans le Campulori. Le commandement est confié au colonel Varenne assisté de Costantino Pinelli, fils du commissaire, comme ispettor di battaglia.
21 JUILL. Paoli et Giafferi ayant rassemblé des troupes pour investir le Campulori, Varenne ordonne la retraite. Mgr de'Mari évêque d'Aleria quitte à nouveau Cervioni et s'embarque à San Pelegrinu pour Bastia.
26 JUILL. Les nationaux pénètrent dans le Campulori sans être inquiétés, puis vont à Moriani et Tavagna punir ceux qui avaient fait leur soumission.
( ? ). Le commissaire d'Aiacciu convoque le Rd Dr. Michelanghjulu Lusinchi, di Zicavu, recteur du séminaire, et Bianca Colonna, de Zigliara, nièce de Bastianu Costa, pour leur demander de trouver le moyen d'éloigner l'avocat Costa.
10 AOUT. Costa réunit une consulte à Zicavu. Lucca Ornano, quoique absent, est élu général. Pendant que se tient la consulte, une vingtaine de notables, L. Ornano en premier, adressent une supplique au roi de France pour qu'il conserve, au besoin par les armes, la Corse à la Rép. de Gênes. Il semble bien que la dame qui s'était engagée auprès de Campredon tienne ses promesses.
15 AOUT. Pinelli fait emprisonner de nombreux Corses de Bastia suspectés d'informer les insurgés.
Vers le 20 AOUT. Consulte au couvent d'Ornanu. Lucca est confirmé dans ses fonctions de général. Peu enthousiaste, il fera différer toutes les actions guerrières décidées par Costa.
21 AOUT. Mille soldats génois débarquent au Campulori. Apprenant que les Nationaux sont en embuscade, ils rembarquent sans livrer le combat.
28 AOUT. Consulte des populations de la Rocca au couvent de Tallà. Elles jurent fidélités à la République et demandent des armes au commissaire Grimaldi. Les chefs de la province sont : Michele Durazzo, de Fozà, dit Michele Fozzano, Ghjacumantone Susini et Vincente Susini.
Début SEPT. Toujours poussé par Mgr. de'Mari, Pinelli envoie son fils occuper le Campulori et s'y fortifier. Les Généraux accourent et bloquent les troupes génoises.
7 SEPT. La république met à prix la tête de l'avocat Costa.
18 SEPT. A la demande de C. Pinelli, un armistice est conclu au Campulori. Une suspension d'armes est décidée jusqu'au 11 NOV. ; pendant ce temps les Nationaux enverront des députés à Bastia pour négocier une paix durable.
28 SEPT. Paoli et Giafferi convoquent une consulte au couvent d'Alisgiani pour étudier l'établissement d'une paix définitive.
17 et 18 OCT. Consulte : rédaction de propositions de paix ; élection de procureurs chargés de se rendre à Bastia. On apprendra bientôt que Pinelli est désavoué par Gênes et aucune suite ne sera donnée aux décisions de cette assemblée.
28 OCT. Le Sénat de Gênes se réunit pour juger le gouvernement de F. Pinelli. Il décide de rappeler son commissaire et de le remplacer par Lorenzo Imperiali et Paoli Battista Rivarola.
30 OCT. Nouvelle consulte des populations de la Rocca : mêmes décisions qu'à la précédente.
17 NOV. Lettre de Campredon à Maurepas : " Les conditions auxquelles les Corses offrent de s'accommoder sont assez équivalentes à la formation d'un gouvernement indépendant ".
NOV. Costa, en désaccord avec Lucca Ornano, revient dans le Deçà.
26 DEC. Aiacciu jure fidélité à la République.

 

1736

Fin JANV. Arrivée du commissaire général Rivarola (Imperiali n'avait pas accepté pour raisons de santé).
7 FEVR. Nicolò Cattaneo, doge de Gênes.
FEVR. Les patriotes s'emparent de la tour de la Padulella.
17 FEVR. Plus de 4000 Nationaux attaquent Poghju di Moriani. Don Filippu Grimaldi capitule.
18 et 19 FEVR. Le Campulori, qui était de nouveau rallié à la République, est désarmé.
4 MARS. Deux bateaux accostent à l'Isula Rossa et débarquent des munitions de bouche et de guerre. Ils repartent sans rien demander et sans qu'on sache d'où ils venaient.
16 ou 17 MARS. Quoique bien préparée, une attaque de la tour de San Pelegrinu tourne court.

V. LE ROI THEODORE.

20 MARS. Un bateau jette l'ancre devant Aleria. A son bord se trouve Théodore, baron de Neuhoff.
21 MARS. Les chefs du Rustinu décident une consulte au couvent de la Casabianca pour les 9, 10 et 11 avril. Il s'agit d'élire 3 députés chargés de prendre contact avec le commissaire génois. Sans attendre les conclusions de la consulte, les Généraux envoient Ghjacumu Francescu Pietri, de Tagliu, auprès de Rivarola.
( ? ). Le bruit se répand de l'arrivée d'un personnage important.
22 MARS. Ghjacintu Paoli et Ghjacumu Castineta rejoignent Giafferi, Costa et Giabiconi à Pedipartinu d'Orezza. Paoli montre une lettre qu'il vient de recevoir du baron. Théodore informe les chefs insulaires de son arrivée. Il s'engage, comme il l'a déjà fait auprès des Corses de Livourne, à libérer la Corse de l'esclavage génois. Il demande qu'on le choisisse pour roi et qu'on accorde la liberté de conscience à tous ceux qui voudront habiter la Corse. Dans la nuit -scortati dallo splendor della luna ce pareva facesse invidia al giorno, dit Costa (la pleine lune sera le 27) - les 5 hommes se mettent en route pour Aleria.
23 MARS. Les 5 chefs, qui ont passé la nuit à Matra, descendent à Aleria. Saveriu Matra est déjà là ainsi que Luccioni. D'autres chefs se rallieront sans hésitation. Théodore venait de recréer l'unité nationale gravement menacée.
28 MARS. Théodore quitte Aleria pour le Campulori.
29 MARS, midi. Théodore fait son entrée à Cervioni. Il s'installe au palais épiscopal laissé vacant par la fuite de Mgr de'Mari.
1er AVR. Pâques.
2 AVR. Théodore, accompagné de Gaffori et Giabiconi, se rend à Matra, laissant aux généraux le soin d'organiser l'armée.
7 AVR. De Matra, convocation d'une consulte au couvent d'Alisgiani.
8 AVR. Théodore revient à Cervioni.
10 AVR. Théodore et les Généraux se rendent à Alisgiani.
12 AVR. La municipalité de Sartè demande des renforts au commissaire d'Aiacciu.
13 AVR. Consulte. Théodore est accepté comme roi. On rédige le contrat qui doit lier les Corses et le monarque, les lois et conventions qui régiront le royaume. La " constitution " - qui sera datée du 15, jour du sacre - prévoit une monarchie héréditaire ; elle impose au roi la religion catholique et la résidence dans l'île ; les pouvoirs du roi sont limités par la création d'une Diète de 24 membres sans l'accord de laquelle il ne peut rien décider en matière de paix et de guerre et de création d'impôts nouveaux ; l'impôt ne peut excéder 3 livres par feu ; les charges et dignités seront attribuées aux seuls Corses ; il sera crée une Université qui jouira des mêmes privilèges que les autres Universités européennes.
13 AVR. La population de Sartè, assemblée en l'église Ste Anne, prend position pour Théodore. Michele Fozzano est élu général ; il prend les pouvoirs normalement dévolus à G.M. Centurione (lieutenant de la province depuis 6 ans) qui se réfugie à Campumoru.
14 AVR. M. Fozzano donne l'ordre à la province de la Rocca de se rallier à la Nation (Carbini et Scopamena sont réticentes).
15 AVR. 25 000 ( ? ) personnes sont assemblées au couvent d'Alisgiani. Théodore est proclamé roi à l'unanimité. Le roi et son peuple prêtent serment d'observer la nouvelle " constitution ".
16 AVR. Théodore forme son gouvernement : Ghj. Paoli, général, premier ministre et grand-trésorier ; L. Giafferi, général et premier ministre ; Costa grand-chancelier, secrétaire d'Etat et garde des Sceaux ; S. Matra , grand-maréchal de Cour ; Ghj.P. Gaffori, secrétaire d'Etat à la guerre et au cabinet ; A. Giabiconi, capitaine de la garde royale ; Fabiani, Castineta, Luccioni, colonels gouverneurs des provinces.
18 AVR. Lucca Ornano arrive à Alisgiani. Il est confirmé lieutenant-général commandant le Delà.
18 AVR. Théodore revient à Cervioni.
19 AVR. Proclamation de Théodore accordant une amnistie générale. Les Corses au service de la République ont 6 jours pour faire leur soumission.
20 et 21 AVR. Edits concernant l'administration de la justice. Ces édits sont publiés les mêmes jours par M. Fozzano et L. Ornano pour être appliqués dans le Delà.
23 AVR. Antone Colonna, de Zigliara, assisté du cap. Ghjuvan Tumasgiu Franzini, occupe Porti Vechju au nom de la Nation.
( ? ). Luccioni est envoyé se concerter avec Colonna pour étudier l'attaque de Bonifaziu (à son retour à l'Ornetu di Tavagna, il sera accusé d'avoir voulu livrer Porti Vechju aux Génois et fusillé par ordre du roi.
27 AVR. Le roi quitte Cervioni pour la Venzulasca où il arrive le 29. Il se met à la tête de l'armée.
1er MAI. Le roi décide les sièges de Bastia et San Pelegrinu. Ghj. Paoli est chargé du premier, Antone Buttafoco du second. En même temps il donne l'ordre à Lucca Ornano d'organiser celui d'Aiacciu.
3 MAI. Paoli, qui attaque Bastia depuis deux jours, donne jusqu'au 14 mai à Rivarola pour évacuer la place. Les Corses manquant d'artillerie, Bastia restera aux Génois. - A. Buttafoco attaque San Pelegrinu. Ayant échoué, il sera remplacé par Petru Ortali.
( ? ). Ghjuvan Petru Gaffori est nommé président de l'Hôtel des Monnaies établi à l'Ornetu di Tavagna dans la maison Borghetti. Les premières pièces émises par la Zecca seront des monnaies de cuivre de 5 sous, et 2 sous et demi.
9 MAI. Un édit du Sénat de Gênes déclare que le baron de Neuhoff et ses adhérents sont perturbateurs du repos public, coupables de haute trahison et de lèse-majesté au premier chef et, comme tels, dignes de toutes les punitions prescrites par la loi.
14 MAI. Edit de Rivarola pour être publié à Bastia, San Fiurenzu, San Pelegrinu, Algaiola et Calvi : le commissaire commande aux pieve restées fidèles à la République de donner avant 6 jours un inventaire des forces armées dont elles disposent ; il leur promet le secours des troupes génoises à condition de donner des otages ; il menace les pieve rebelles de tous les châtiments.
( ? ). Poggi de'Citerini, du Talavu, abandonne le service du royaume de Naples pour se mettre aux côtés de Théodore. De même, Anton Nobile Battisti, beau-frère de Giabiconi, quitte le service de Venise. L'abbé Don Gregoriu Salvini, de Nesce, débarque en Corse avec des armes et se met au service de la Nation.
( ? ). Théodore confisque les biens des rebelles à la patrie au profit du Trésor Royal et interdit le détournement des dîmes.
19 MAI. Gênes demande aux Cours étrangères de priver la Corse de tout commerce.
MAI. Apparition en Toscane d'un personnage louche : le comte Humbert de Beaujeu de la Salle. Beaujeu avait servi, en qualité d'officier, dans les troupes que l'empereur avait envoyées en Corse. Très au courant des affaires de l'île, il était utilisé par le comte de Zizendorf qui venait de succéder au prince Eugène comme conseiller de Charles VI. Est-ce lui l'ingénieur français qui débarque à la Padulella dans la 2ème quinzaine d'août et que Théodore nomme colonel d'artillerie ?
MAI. Théodore occupe le Nebbiu.
MAI. Francesco Brignole est envoyé à Londres pour protester contre l'arrivée de Théodore sur un bateau anglais.
30 MAI. Attaques simultanées de Bastia et San Fiurenzu.
1er JUIN. Manifeste de Théodore en réponse au factum de la République. Les génois sont déclarés bannis à tout jamais de la Corse. Un second manifeste est daté de Patrimoniu le 2 JUIN.
6 JUIN. Théodore passe en Balagna accompagné par Paoli et Giafferi. Le camp de Bastia est confié à Castineta et Arrighi ; celui de San Fiurenzu à Natali et Cervoni. Le roi fera attaquer, sans grand succès, Calinzana et Algaiola.
15 JUIN. Costa, que Théodore avait laissé à l'Ornetu di Tavagna avec la charge de vice-roi, informe son maître que la situation se détériore et lui demande de revenir.
27 JUIN. Paoli, chargé de lever de nouvelles recrues, informe le roi des difficultés rencontrées en période des moissons.
30 JUIN. Le gouvernement et la zecca sont transférés au couvent de Tavagna.
Fin JUIN. Théodore se rend à Corti où il est reçu par Gaffori. Gnaziu Arrighi, soupçonné par Costa d'intelligence avec l'ennemi pour avoir quitté le camp devant Bastia, veut s'opposer à son entrée dans la ville. Sa maison et celles de ses clients sont incendiées et lui-même doit se réfugier à Vicu et Rennu.
1er JUILL. L'abbé Salvini, de retour de Livourne, apporte des armes et des munitions à Théodore qui continue, sans succès, d'assiéger Calinzana.
2 JUILL. Frappe des premières monnaies d'argent.
5 JUILL 15 SEPT ET 22 OCT. Les Etats Généraux de Hollande interdisent d'assister les Corses mécontents.
9 JUILL. Le major Marchelli s'empare de Furiani qui sera rasé, églises comprises, quelque temps après.
13 JUILL. Sur les instances de Gênes, Dumenicu Rivarola, d'Oletta, consul d'Espagne à Bastia (en exil à Livourne), est démis de ses fonctions.
JUILL. Les commissaires génois font assassiner Antone Morazzani, du Talavu, et Simone Fabiani (le 15, à Orezza). Attentat manqué contre Saveriu Matra.
28 JUILL. La reine régente de Grande-Bretagne défend à ses sujets de fournir provisions et assistance aux mécontents de Corse.
( ? ). Le roi revient en Tavagna.
Début AOUT. Sévère défaite de Marchelli à l'Isula Rossa.
6 AOUT. Giafferi, Ghj.Ghj. Ambrosi, P.M. Paoli et Ghjuvan Tumasgiu Giuliani donnent pouvoir à Don G. Salvini, qui retourne à Livourne, pour une mission restée secrète.
( ? ). Théodore consulte Paoli et Giafferi sur la désignation des membres de la Diète générale prévue dans la " constitution ".
MI-AOUT. Théodore quitte la Tavagna pour le couvent de Verde où il s'installe pour plusieurs jours.
( ? ). Théodore quitte Verde pour Matra où il reçoit une lettre signée de quelques chefs de la révolte, dont Ghj. Paoli, qui avaient réuni une consulte au couvent de la Casabianca. Inquiets du sort d'un roi itinérant, ils lui demandent de fixer sa résidence dans une pieve de son choix, laissant aux généraux le soin des opérations militaires.
21 AOUT. A la suite de la requête génoise du 19 mai, Charles-Emmanuel III charge le marquis Rivarola, vice-roi de Sardaigne, de renouveler l'édit de son prédécesseur (28 mai 1731) et d'y ajouter l'interdiction de fréter les navires battant pavillon sarde pour le service des rebelles corses.
28 AOUT. Théodore, décidé à passer dans le Delà, se dirige vers le Fiumorbu.
1er SEPT. Théodore arrive à Porti Vechju. Il y passe 3 jours.
8 SEPT. Théodore fait son entrée à Sartè.
16 SEPT. Edit de Théodore 1er portant création d'un ordre de noblesse et de chevalerie dit " de la Délivrance ".
28 OCT. Sur proposition de M. Durazzo, et pour mettre un terme à certaines menées, la population de Sartè est réunie dans l'église pour y prêter serment de fidélité à Théodore.
29 OCT. M. Durazzo organise une consulte au couvent de Tallà afin d'amener les populations de la province à payer la taxe de 3 livres et la dîme (depuis son arrivée à Sartè, Théodore est totalement désargenté).
3 NOV. Théodore quitte Sartè sous prétexte qu'il est appelé dans le Deçà. En réalité, sur les conseils de Costa, il a décidé de quitter la Corse pour se procurer des secours. Un manifeste et des diplômes pour ceux qui doivent assumer la charge de gouverner la Nation pendant l'absence du roi sont déjà prêts. Ils seront remis au moment de l'embarquement. Les plus importants parmi les chefs de la Nation : Paoli, Giafferi, et Ornano, constitueront le Conseil de Régence.
10 NOV. Théodore s'embarque à Sulinzara sur une tartane française avec l'avocat Costa, Ghjiseppinu et Ghjuvan Paulu, fils et neveu de l'avocat, M. Fozzano, Simone Poggi, et d'autres.
14 NOV. Théodore est à Livourne. De là il passera à Florence, Rome, Naples et, enfin, Amsterdam.
21 NOV. Sartorio, secrétaire d'Etat de la République, demande à Campredon la punition du patron français qui a transporté Théodore à Livourne. Il sera satisfait à sa demande.
1er DEC. Dans une lettre circulaire, les Génois annoncent le départ de Théodore qu'ils attribuent à la défiance des Corses.
4 DEC. Après avoir rencontré Théodore, le chanoine Orticoni s'embarque à Livourne pour la Corse. Orticoni s'était rendu à Madrid à deux reprises, avait fait un séjour à la Cour du roi des Deux-Siciles et, à Livourne, avait eu des contacts suivis avec le P. Ascanio, ministre d'Espagne.
10 DEC. En réponse à la circulaire génoise, les trois Régents signent un manifeste par lequel ils proclament leur attachement à Théodore.
DEC. Castineta organise une expédition punitive contre ceux qui recherchent la protection génoise. Il se rend au Borgu, passe dans la banlieue de Bastia et, de là, revient à Aleria pour saccager et brûler les propriétés des Panzani.
22 DEC. La République met à prix la tête de Théodore (de même que celles des Costa, père et f